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Les patients attendent. Les créneaux aussi.
Quarante-deux jours pour voir un cardiologue. Des millions de rendez-vous non honorés chaque année. Deux faits, un même système. Un gisement d’accès aux soins dort dans nos agendas. Il est entre nos mains.
L’étude publiée en mai par Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès porte sur 234 millions de consultations réalisées en 2025. Le délai médian y atteint 42 jours en cardiologie et 32 en dermatologie. Sur près de 8 000 patients interrogés, représentatifs des utilisateurs de la plateforme, 63 % déclarent avoir déjà renoncé à chercher un rendez-vous.
Précision de taille : ces délais ne portent que sur les rendez-vous obtenus. Ceux qui ont renoncé n’y figurent pas.
Le diagnostic est connu : il manque des médecins. C’est vrai. Ce n’est pas toute l’histoire.
Car dans le même temps, des créneaux se perdent. L’URPS des médecins libéraux d’Île-de-France a fait le calcul : à l’échelle de la France, un seul rendez-vous non honoré par jour et par médecin représente 27 millions de consultations par an. Or les médecins franciliens qu’elle a interrogés en 2022 déclaraient en moyenne deux rendez-vous manqués par jour. À l’hôpital aussi : en 2016, avant d’ouvrir la prise de rendez-vous en ligne, l’AP-HP estimait son taux de rendez-vous non honorés entre 15 % et 25 %.
Des patients qui attendent. Des créneaux qui restent vides. Et une conséquence qui dépasse le cabinet : 23 % des patients interrogés déclarent être allés aux urgences au cours des douze derniers mois, faute de rendez-vous disponible.
Trois façons de perdre un créneau
Il se libère et personne ne le reprend. Un patient annule la veille ou ne vient pas, et le créneau disparaît avec lui. Sur le terrain, peu d’organisations savent réattribuer un créneau annulé sous quarante-huit heures.
Il tombe au mauvais moment. L’agenda épouse l’organisation du praticien, rarement celle du patient. Le créneau existe, à une heure où peu de monde peut venir.
Il est verrouillé. Motifs réservés aux patients déjà suivis, plages gardées « au cas où », règles héritées d’un ancien secrétariat, que plus personne ne sait justifier. Le créneau est libre pour l’équipe et invisible pour le patient.
Rien de tout cela ne se voit depuis le bureau du directeur. Son tableau de bord calcule souvent le remplissage sur les seuls créneaux ouverts : un agenda à moitié ouvert peut donc afficher complet.
Le rendez-vous en ligne met l’agenda à nu
La prise de rendez-vous en ligne passe pour un outil de confort. Elle est d’abord un révélateur : l’agenda devient visible de tous, patients compris. Elle facilite aussi l’annulation, donc la réattribution du créneau. À l’AP-HP, selon une évaluation de la chaire Hospinnomics publiée en 2019, environ 60 % des rendez-vous annulés ont été repris par d’autres patients, et les non-venues ont reculé de près de 8 % dès le premier mois.
Reste la condition : un agenda qui mérite d’être vu. Mettre en ligne un agenda jamais retravaillé, c’est exposer son désordre au grand jour. Le patient voit de l’attente là où il y a de la place, et conclut que l’hôpital est saturé.
On m’opposera, à raison, que la démographie médicale reste le premier verrou. Un agenda mieux tenu ne fabrique aucun cardiologue, et il faut au moins dix ans pour en former un. Mais il rend disponible ce qui existe déjà, et sa remise en ordre peut commencer lundi.
Trois décisions pour lundi matin
Un propriétaire par agenda : une personne nommée dans l’établissement, qui répond des règles de programmation.
Deux indicateurs suivis chaque mois : le délai au premier créneau accessible à un nouveau patient, et la part des créneaux libérés réattribués sous quarante-huit heures.
Un ménage avant l’ouverture en ligne : tout motif, toute plage réservée, toute règle héritée doit avoir une justification écrite, ou disparaître.
Des praticiens à convaincre. Des secrétariats à embarquer. Des habitudes à bousculer.
Ce n’est pas glamour. Aucun jury d’innovation ne récompensera un ménage d’agenda.
Au bloc opératoire, une vacation vide se voit, se discute et se réattribue. En consultation, un créneau vide passe inaperçu.
Les patients attendent des médecins. Ils attendent aussi, sans le savoir, des créneaux qui existent déjà.

Félix Mamoudy
Directeur de la transformation et de la prévention, Groupe Hospitalier Foch-IMM
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