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IA à l’hôpital : HOURAA mesure le décalage entre usages individuels et projets structurés

17 août 2026 - 11:07,
Actualité - Rédaction, DSIH
Illustration IA à l’hôpital : HOURAA mesure le décalage entre usages individuels et projets structurés
Près d’un professionnel sur deux déclare déjà utiliser l’intelligence artificielle à titre individuel dans les quatre CHU membres du GCS HOURAA, mais seuls 3,5 % des répondants sont impliqués dans un projet collectif. L’enquête publiée cet été met en évidence une adoption rapide, principalement portée par l’IA générative, tandis que la gouvernance, la formation et l’industrialisation des usages restent encore à consolider.

Le GCS HOURAA, qui réunit les CHU de Clermont-Ferrand, Grenoble, Lyon et Saint-Étienne, a publié en juillet les résultats d’une enquête consacrée aux usages de l’intelligence artificielle dans ses établissements. Menée auprès de 2 509 professionnels, sur un périmètre total d’environ 48 000 agents, elle visait à mesurer le niveau de maturité des usages individuels et collectifs et à cartographier les solutions déjà déployées.

Le premier enseignement est celui d’une diffusion déjà significative de l’IA dans les pratiques quotidiennes. 46,1 % des répondants déclarent en faire un usage individuel, principalement à travers des outils d’IA générative. La rédaction et la recherche d’information arrivent en tête des cas d’usage, avec 24,1 % des réponses chacune, devant la création de présentations et la traduction.

Le bénéfice le plus souvent cité est le gain de temps, mentionné par 41,7 % des répondants.

Une appropriation individuelle plus rapide que la gouvernance

Cette diffusion ne signifie toutefois pas que les usages soient pleinement maîtrisés ou intégrés aux politiques numériques des établissements. Seuls 17,7 % des répondants se considèrent comme « avancés » ou « experts », tandis que la connaissance du cadre institutionnel demeure limitée.

La charte relative aux usages de l’IA n’est ainsi connue que par 7,6 % des répondants. L’enquête souligne également que l’utilisation de licences mises à disposition par les CHU reste minoritaire.

Cette situation pose directement la question du « shadow AI », c’est-à-dire du recours à des outils externes ou non référencés par les établissements. Un phénomène difficile à quantifier précisément, mais qui constitue désormais un enjeu de gouvernance pour les DSI, les directions des données et les responsables de la sécurité.

Les inquiétudes exprimées par les professionnels illustrent cette tension. Les craintes éthiques et juridiques sont citées par 51,5 % des répondants, devant le manque de connaissances, à 50,1 %, et le manque de confiance dans les outils, à 39,9 %. Seuls 17 % déclarent ne rencontrer aucun frein.

Seulement 3,5 % des répondants impliqués dans un projet collectif

Le contraste est particulièrement marqué lorsqu’il s’agit des usages institutionnels. Seuls 88 répondants, soit 3,5 % de l’échantillon, déclarent participer à un projet collectif utilisant l’IA.

Ces initiatives concernent principalement la recherche et l’innovation médicale, les activités de soins, l’aide à la décision et l’information médicale. Elles restent en grande partie expérimentales.

L’enquête fait également apparaître des différences entre établissements. Lyon et Grenoble comptent davantage de solutions déjà déployées ou en cours de déploiement que Clermont-Ferrand et Saint-Étienne.

Cette hétérogénéité doit toutefois être interprétée avec prudence : l’enquête repose sur des réponses déclaratives et les 2 509 répondants représentent un peu plus de 5 % des professionnels des quatre CHU. Elle fournit donc davantage une photographie des usages et des perceptions qu’une mesure exhaustive de l’adoption de l’IA.

De l’expérimentation à l’industrialisation

À partir de ces résultats, HOURAA identifie quatre priorités : renforcer l’acculturation et la formation, développer des communautés de pratiques, sécuriser le cadre juridique et éthique et accompagner les projets vers leur industrialisation.

Ces orientations traduisent une évolution plus large observée dans les établissements de santé. Après une première phase dominée par l’expérimentation, la question n’est plus seulement de savoir quels usages de l’IA sont possibles, mais dans quelles conditions ils peuvent être intégrés durablement au système d’information hospitalier.

Cela suppose notamment de clarifier les solutions autorisées, les règles d’utilisation des données, les responsabilités, les modalités d’évaluation des outils et leur articulation avec les logiciels métiers existants.

Aux Hospices civils de Lyon, cette structuration s’est notamment traduite par la création d’une direction des usages des données et de l’intelligence artificielle. À l’échelle nationale, la Fédération hospitalière de France a également engagé depuis 2025 un travail de mesure des usages de l’IA dans les établissements publics.

L’enquête HOURAA met surtout en lumière un paradoxe désormais central pour les établissements : l’IA est déjà entrée dans les pratiques professionnelles, parfois plus vite que les dispositifs de gouvernance capables de l’encadrer. Pour les DSI et les directions métiers, le chantier pourrait donc moins consister à « faire adopter » l’IA qu’à transformer des usages déjà existants en pratiques sécurisées, évaluées et intégrées.


Source : GCS HOURAA / Hospices Civils de Lyon, « Le GCS HOURAA réalise une enquête sur les usages de l’IA dans les 4 CHU de la région Auvergne-Rhône-Alpes », publication mise à jour le 16 juillet 2026.

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