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Valérie Moreno (AFIB) : « La sobriété devient une condition de l'innovation »
Le premier mouvement ne surprend plus personne. Les dispositifs médicaux dialoguent avec le système d'information : ils reçoivent des données d'identité et renvoient des résultats vers le dossier du patient. Cette imbrication change la nature du métier.
« Toute connexion au SIH doit être pensée comme un projet global et bien anticipé par rapport au process traditionnel de mise en service d’un nouvel équipement biomédical », résume la présidente de l'AFIB. Chaque appareil relié au réseau élargit la surface exposée et transforme ainsi la gestion de projet qui s’y rapporte.
La cybersécurité est devenue un chantier majeur de l'association. L'AFIB a bâti un questionnaire standardisé, que l'ingénieur fait remplir au fournisseur avant tout achat, afin d'évaluer le niveau de risque numérique d'un dispositif. Les réponses ouvrent un dialogue avec le service informatique et le responsable de la sécurité des systèmes d’information, pour verrouiller l'installation en amont. L'outil mis au point par l’AFIB, déjà adopté par certaines centrales d’achats publics, propose également une grille d’analyse des réponses. Le soutien de l'ANSSI (obtenu par l’AFIB) fait changer d'échelle ce travail engagé de longue date. L'exigence est claire : un équipement connecté se traite comme une porte d'entrée possible dans le système hospitalier, où une faille menace d'abord la continuité des soins, puis très vite la confidentialité des données de santé.
L'intelligence artificielle prolonge ce même versant numérique, et Valérie Moreno la lit sur deux plans. L'IA appliquée aux données de santé s'est d’abord installée en imagerie, où elle repère fractures et polypes, avant de gagner la radiothérapie et l'anatomopathologie numérique. Sur ce terrain, l'ingénieur biomédical avance en appui de la DSI, ou devant elle, pour faire entrer ces outils dans l'établissement. Un autre usage progresse en parallèle, tourné vers le métier lui-même : l'analyse et la prédictivité de l’évolution des parcs d’équipements et des évènements de maintenance qu’il subit ou subira. Ce second champ, celui des données du biomédical, reste largement à défricher selon elle.
Le blocage qu'elle pointe n'a rien de technologique. « La vraie question d’actualité sur l’IA, c'est celle de son financement », observe-t-elle, car les modèles par abonnement s'accordent mal avec la structure des comptes hospitaliers publics. Ces abonnements imposent des coûts récurrents et souvent inflationnistes, là où l'hôpital raisonne encore bien souvent en investissement pour ses équipements médicaux.
Le programme consacre un atelier-débat à ce dilemme : que sommes-nous prêts à déléguer aux algorithmes ? Elle rappelle enfin que sa profession, techniquement armée pour évaluer ces technologies, reste parfois peu présente dans les instances qui les jugent, et plaide pour que le biomédical y prenne sa part.
Vient le second mouvement, le durable, que Valérie Moreno se garde de présenter comme une nouveauté. L'AFIB n'a pas attendu 2026 pour lancer son groupe de travail dédié, dont le premier état des lieux a révélé une communauté encore inégalement impliquée sur ce vaste sujet. La présidente pose l'éco-responsabilité comme une compétence du biomédical, comme l’est devenu le numérique.
« La sobriété devient une condition de l'innovation », tranche-t-elle. Réparabilité des parcs, durée de vie des équipements, modération des usages : le sujet rejoint frontalement le numérique, puisqu'un appareil plus connecté consomme davantage d'énergie et pèse sur des entrepôts de données qui grossissent. La donnée elle-même porte un coût écologique, que la profession commence à mesurer. Les réglementations récentes poussent dans le même sens : le matériel devra se réparer et se suivre dans la durée : les concepteurs, fabricants et fournisseurs doivent s’inscrire dans ce cercle vertueux sans attendre. C'est cette tension que l’équipe bretonne organisatrice du congrès cette année mettra clairement sur la table lors des 30e Journées de l’ingénierie Biomédicale qui se dérouleront au Couvent des Jacobins à Rennes du 7 au 9 octobre 2026.
Plus d'information : https://afib-congres.fr
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