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Du séjour au domicile : le SMS comme brique du système d’information hospitalier

07 avril 2026 - 07:30,
Actualité - Pierre Derrouch, DSIH
Illustration Du séjour au domicile : le SMS comme brique du système d’information hospitalier
La réduction continue des durées de séjour hospitalier déplace une part du risque clinique vers le domicile. En chirurgie ambulatoire, les réhospitalisations entre un à trois jours après l’intervention figurent parmi les indicateurs de sécurité suivis par la Haute Autorité de Santé dans le cadre des IQSS 2025. Dans ce contexte, la période post-sortie, longtemps peu documentée, devient un point de vigilance. Plusieurs établissements s’appuient sur des dispositifs de contact systématique par SMS.

Pour le système d’information hospitalier, l’enjeu ne porte pas sur le canal, mais sur la capacité à documenter la continuité des soins après la sortie. Dans la version 2025 de son référentiel de certification des établissements de santé pour la qualité des soins, la Haute Autorité de Santé mentionne explicitement le suivi après retour à domicile par contact téléphonique ou SMS.

La pertinence du SMS

Des travaux scientifiques documentent les effets et conditions d’exploitation de cette solution simplifiée. Publiée en 2020 dans JMIR mHealth and uHealth, l’étude conduite au CHU de Rouen compare deux périodes avant/après sur 4 388 patients opérés en chirurgie ambulatoire (2 160 suivis par téléphone, 2 228 suivis par SMS). Les messages sont envoyés la veille, à J+1 et à J+7, avec possibilité de réponse. Le taux de conversion en hospitalisation complète passe de 1,20 % dans le groupe téléphone à 0,36 % dans le groupe SMS. Les causes anesthésiques de conversion diminuent (0,69 % à 0,18 %). Après l’intervention, 95,6 % des patients reçoivent effectivement les SMS. À J+1, 7,0 % déclarent une douleur supérieure à 3/10 ; à J+7, 2,6 % déclarent encore une douleur supérieure à 3/10 et 6,69 % rapportent une consultation non prévue ou une réhospitalisation. L’étude documente aussi le fonctionnement opérationnel : les réponses anormales déclenchent un rappel ciblé, et l’équipe estime qu’en routine un seul patient par jour est rappelé, pour un échange plus court car le motif est déjà identifié par les réponses .

L’article de Rouen met également des chiffres sur la charge et les coûts. Le contact téléphonique est estimé à 15 minutes par patient ; sur un volume annuel de 3 600 patients, cela représente environ 900 heures, soit plus de la moitié du temps d’un infirmier à temps plein. Le coût du téléphone est estimé à 6 € par patient, contre 3 € par patient pour une plateforme d’envoi de SMS, le temps de surveillance de la plateforme étant décrit comme négligeable. La satisfaction des patients est élevée, avec une note moyenne de 8,7 sur 10.

Une étude plus récente, menée au CHU de Toulouse et publiée fin 2025 dans le Journal français d’ophtalmologie, porte sur 369 patients opérés de cataracte en chirurgie ambulatoire entre octobre 2022 et mai 2023. Elle évalue un pack d’environ dix SMS envoyés de J-4 à J+3, enrichi à partir d’avril 2023 par des liens vers des vidéos explicatives. Les auteurs rapportent 96,6 % de réception déclarée et 98,8 % de compréhension déclarée. Le questionnaire de satisfaction, envoyé à J+15, obtient un taux de réponse de 39,6 %. La satisfaction moyenne attribuée aux SMS est de 9,3/10 ; 98,7 % jugent les messages utiles pour suivre les recommandations et 96,1 % estiment qu’ils renforcent la relation avec les professionnels. Deux remarques négatives sont rapportées, et aucun patient n’utilise la fonction « STOP SMS ». Les questions posées par les patients (12,4 %) concernent surtout des éléments logistiques (horaire, localisation, transport). Sur le plan des prérequis, 5,9 % des patients initialement inclus ne sont pas joignables par SMS (absence de mobile, numéro invalide), ce qui fait du recueil du numéro un point de qualité de donnée à part entière.

Du contact patient à la donnée de suivi

Ces deux études décrivent un modèle de suivi fondé sur des échanges courts, asynchrones et répétables, qui transforment une partie du suivi post-sortie en événements documentables : envoi, réception, réponse, non-réponse, signalement de symptôme, déclaration de recours aux soins. Pour le SIH, l’intérêt est moins le message que sa traçabilité : horodatage, rattachement au séjour, conservation dans le dossier patient, et capacité à documenter les actions consécutives (rappel, conseil, réorientation). Dans cette configuration, le SMS devient un point de contact traçable entre l’établissement et le domicile, prolongeant le système d’information au-delà de l’hospitalisation sans recourir à des dispositifs de télésurveillance connectée.


Références :

Peuchot et al., Efficiency of Text Message Contact on Medical Safety in Outpatient Surgery: Retrospective Study, JMIR mHealth and uHealth, 2020. DOI : 10.2196/14346

Grange et al., Améliorer la qualité de l’information en chirurgie ambulatoire de cataracte via l’envoi automatisé de SMS: une étude prospective, Journal Français d’Ophtalmologie, Volume 48, Issue 2, 2025. DOI : 10.1016/j.jfo.2024.104368

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