Publicité en cours de chargement...

Publicité en cours de chargement...

L’IA, fossoyeur de l’IT ? Pas si simple, et certainement pas tout de suite

07 avril 2026 - 07:40,
Tribune-
Cédric Cartau
Illustration L’IA, fossoyeur de l’IT ? Pas si simple, et certainement pas tout de suite
Dans la première moitié du XIXe siècle, les usines textiles, qui avaient déployé massivement des métiers à tisser mécaniques, utilisaient les ouvriers pour contrôler le tissu sortant de la chaîne de production : absence de fil cassé, etc. Un ouvrier pouvait piloter 2 machines en même temps, et à un moment donné l’idée a consisté à mettre chaque ouvrier devant 3 machines au lieu de 2, augmentant (potentiellement) la production de 50 %.

Sauf que cela ne s’est pas passé comme cela : le goulot d’étranglement dans la chaîne de production n’était pas (plus) la machine, mais l’humain qui la supervise, et un ouvrier n’a jamais que 2 yeux et 2 mains. Au final, il a fallu former tous les ouvriers à de nouvelles méthodes de travail, adapter les métiers à tisser aux possibilités de l’ouvrier qui les pilotait et cela a pris plusieurs décennies.

Dans le domaine du codage, on lit çà et là que l’IA va tuer le métier de développeur, et l’Histoire semble furieusement se répéter. La qualité du code produite par l’IA, qui certes s’améliore, est truffée de bugs et l’on ne peut pas faire contrôler le travail d’une IA par une autre IA car elles sont toutes les deux gouvernées par les mêmes paradigmes, soumises aux mêmes biais et donc laisseront passer les mêmes bugs.

Dans le domaine de l’humain qui pilote une IA produisant du code, le parallèle est assez saisissant : les humains vont se transformer de « codeurs » à « superviseurs », contrôlant le code produit plus qu’ils ne le produisent eux-mêmes. Il y a certes la question de l’assemblage de blocs de plus en plus gros (l’IA déchargeant le développeur des tâches répétitives et chronophages). On a déjà vécu cette transition lorsque l’on est passé des L1G (langages de première génération) aux L2G, puis aux L4G, et au final malgré toutes les promesses des concepteurs d’outils de développement, on finit par en demander 4 fois plus au développeur dont les outils lui permettent de doubler sa cadence, aucune raison que cela soit différent avec l’IA.

Comme pour les métiers à tisser, l’enjeu de formation dans le secteur de l’IT consiste à faire muter les compétences des primo-apprenants, et ce n’est pas gagné si l’on a en tête que le système scolaire n’est pas exactement un modèle d’agilité. La question est d’autant plus cruciale que les ouvriers du XIXe siècle avaient pour eux une expérience construite en se frottant à une machine, puis à deux, avant de voir arriver la troisième : là il s’agit de former des primo-apprenants qui, par définition, n’ont pas d’expérience, à une tâche de contrôle. Le voilà le véritable enjeu, du moins pour certaines professions dans l’IT.

Récemment, je tombe sur l’interview d’un ancien ministre de l’Éducation nationale qui racontait en plateau que, comme les emplois allaient tous disparaître, il fallait apprendre le grec et le latin pour meubler les longues journées à ne plus avoir à travailler. Bon, la bonne nouvelle c’est que c’est un ancien ministre qui a priori n’aura plus l’occasion de mettre en œuvre ce genre d’ineptie : comme à chaque fois, comme à chaque révolution technique, des métiers vont disparaître, d’autres vont très fortement muter (développeurs, radiologues, artistes musicaux, etc.), et d’autres vont apparaître, et le premier enjeu est de rapidement identifier lesquels et d’adapter le système éducatif (l’identification des critères pour identifier ces familles est un débat très complexe, qui nécessiterait des articles dédiés).

À la fin des années 90, avec l’irruption des L4G, on nous a bassiné qu’il n’y allait plus avoir besoin de développeurs : il n’y en a jamais eu autant.
À la fin des années 80, avec l’irruption de l’informatique dans la banque, un célèbre article annonçait que la banque serait la sidérurgie des années 2000 (au sens secteur sinistré) : il n’y a jamais eu autant d’employés dans les banques et le secteur n’a jamais généré autant de chiffre d’affaires.
Au début du XIXe siècle, le mouvement des luddites cassait les machines à tisser au motif qu’elles détruisaient l’emploi ouvrier. Une controverse célèbre eut lieu entre Ricardo et Sismondi, le premier défendant le progrès et la croissance, le second lui opposant cette vision célèbre dite de « la manivelle de Sismondi » : si au final il suffit avec l’automatisation au roi d’Angleterre de l’époque de tout produire en tournant une simple manivelle depuis sa chambre, cela en était fini de l’économie.
Je vous laisse deviner qui s’est largement planté et qui a vu juste, même 2 siècles plus tard.

Bref, comme à chaque fois, la question n’est pas de savoir si le travail va disparaître (vous et moi mangerons les pissenlits par la racine que le travail n’aura pas disparu) mais comment la production de valeur va-t-elle se déplacer, qui va la capter, comment elle sera redistribuée et comment l’anticiper. Comme à chaque fois.

photo de Cartau
Cédric Cartau

Avez-vous apprécié ce contenu ?

A lire également.

Illustration Cloud souverain : le décret SREN durcit le cadre pour les données sensibles du secteur public

Cloud souverain : le décret SREN durcit le cadre pour les données sensibles du secteur public

27 avril 2026 - 09:16,

Actualité

- Rédaction, DSIH

Le décret d’application de l’article 31 de la loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique vient enfin préciser les conditions d’hébergement des données sensibles dans le cloud. Pour les établissements de santé, les administrations et les opérateurs publics, le texte marque une nouvelle étap...

Illustration Le DLP, ou l’archétype du techno-solutionnisme béat

Le DLP, ou l’archétype du techno-solutionnisme béat

20 avril 2026 - 10:27,

Tribune

-
Cédric Cartau

On n’est pas exactement dans un matraquage publicitaire de haute intensité, mais cela revient tout de même assez régulièrement, comme la grippe de saison ou les allergies aux plastiques des tongs d’été. En tout cas, régulièrement, il se trouve un commercial lambda pour nous ressortir une offre préte...

Illustration Du séjour au domicile : le SMS comme brique du système d’information hospitalier

Du séjour au domicile : le SMS comme brique du système d’information hospitalier

07 avril 2026 - 07:30,

Actualité

- Pierre Derrouch, DSIH

La réduction continue des durées de séjour hospitalier déplace une part du risque clinique vers le domicile. En chirurgie ambulatoire, les réhospitalisations entre un à trois jours après l’intervention figurent parmi les indicateurs de sécurité suivis par la Haute Autorité de Santé dans le cadre des...

Illustration Au GHT de Saône-et-Loire – Bresse-Morvan, un concentrateur de données comme socle des usages d’IA et de la coordination territoriale

Au GHT de Saône-et-Loire – Bresse-Morvan, un concentrateur de données comme socle des usages d’IA et de la coordination territoriale

17 mars 2026 - 08:32,

Actualité

- Par Pierre Derrouch, DSIH

Face aux limites d’une convergence applicative étendue à plus de 350 logiciels hétérogènes, le Groupement hospitalier de territoire de Saône-et-Loire – Bresse-Morvan a engagé, à partir de 2022, une inflexion stratégique centrée sur la donnée. Mis en production en 2023, un concentrateur de données de...

Lettre d'information.

Ne manquez rien de la e-santé et des systèmes d’informations hospitaliers !

Inscrivez-vous à notre lettre d’information hebdomadaire.