
Publicité en cours de chargement...
Accès au DPI et secret médical : un professionnel de santé ne peut tout voir, même en équipe
Écouter l'article

1. Le contexte : un accès non autorisé aux DPI
Un rapport de contrôle de la DSI et du DPO d’un établissement hospitalier a révélé qu’un professionnel de santé, praticien hospitalier en chirurgie cardiaque et également professeur des universités, avait consulté plusieurs centaines de dossiers médicaux de patients de son service. Le professionnel de santé, qui n’avait pas consulté ni opéré les patients concernés, s’était servi des données ainsi consultées pour réaliser une étude sur la morbi-mortalité des patients du service.
Considérant que le professionnel de santé avait accédé « de manière irrégulière » aux DPI, en méconnaissance notamment du secret médical, une procédure disciplinaire a été déclenchée à son encontre.
Pour légitimer son accès aux DPI, étaient notamment mis en avant le fait que le professionnel de santé (1) participait aux réunions de l’équipe médico-soignante du service ainsi qu’au système de permanences et d’astreintes du service et (2), par ailleurs, était responsable de la recherche dans le service.
2. Le cadre légal : le principe du secret médical et les exceptions
La protection du secret médical est générale et absolue. Le professionnel de santé doit respecter ce secret à l’égard des tiers, y compris d’autres professionnels de santé. Des exceptions légales existent, notamment pour permettre l’échange d’informations entre professionnels de santé, mais à des conditions strictes. Selon l’article L.1110-4 du Code de la santé publique, il est ainsi possible d’échanger des informations patient « strictement nécessaires à la coordination ou à la continuité des soins ou à son suivi » (1) entre professionnels identifiés participants à la prise en charge du patient ou (2) entre professionnels d’une « même équipe de soins ». Le partage de telles informations entre professionnels n’appartenant pas à une même équipe de soins est interdite, sauf consentement du patient pour un tel partage.
3. La position du Conseil d’Etat : la condition de « prise en charge effective » du patient
Selon le Conseil d’Etat, la violation du secret médical est caractérisée, dans la mesure où le professionnel de santé a consulté les DPI en dehors de toute « prise en charge effective par ses soins de chacun des patients ».
L’on comprend de cette position, deux choses :
- Le fait pour un professionnel de santé de participer aux réunions de service de l’équipe soignante des patients, ne suffit pas à pouvoir justifier de faire partie de l’« équipe de soins » desdits patients ;
- La consultation du DPI, et plus généralement des informations patient, requiert une implication réelle du professionnel de santé dans la prise en charge du patient concerné.
Ce rappel invite les établissements de santé à redoubler de vigilance dans leur politique d’accès/d’habilitation aux DPI patients afin que leur accès soit limité aux personnes concourant réellement à la prise en charge desdits patients.

Alexandre FIEVEÉ
Avocat associé – Derriennic Associés

Alice ROBERT
Avocat counsel – Derriennic Associés
Avez-vous apprécié ce contenu ?
A lire également.

Accès aux dossiers médicaux : attention aux règles d’habilitation !
11 fév. 2026 - 10:26,
Actualité
-Un établissement de santé a encore récemment été sanctionné [1] pour avoir mal configuré les règles d’habilitation de son personnel accédant aux dossiers médicaux.

Omnibus et numérique en santé : objectif de simplification et résistance des autorités et des Etats membres
19 mai 2026 - 01:09,
Tribune
-Le 19 novembre 2025, la Commission européenne a publié sa proposition de règlement « Digital Omnibus », visant à simplifier le cadre réglementaire numérique de l'Union européenne, à réduire la charge administrative pesant sur les entreprises et à renforcer la compétitivité européenne. Ce texte intro...

Le CHRU de Nancy lance DataStan, son Entrepôt de Données de Santé, pour une recherche responsable, sécurisée et transparente
14 jan. 2026 - 14:37,
Actualité
- Rédaction, DSIHLe CHRU de Nancy mettra en service, au cours du premier trimestre 2026, DataSTAN, son Entrepôt de Données de Santé (EDS). Ce projet, initié il y a plus de cinq ans, a pour objectif de faciliter les projets de recherche sur données de santé dans un cadre réglementaire et sécurisé, au bénéfice des pat...

Le Conseil d’Etat valide l’hébergement de l’« EMC2 » du Health Data Hub par Microsoft
16 déc. 2024 - 10:40,
Tribune
- Derriennic Associés, Alice Robert & Alexandre FievéeLe Conseil d’Etat a récemment confirmé la possibilité pour le Health Data Hub d’héberger un entrepôt de données de santé par Microsoft Ireland Ltd (1)


