Publicité en cours de chargement...

Publicité en cours de chargement...

Recherches médicales : et si le RGPD ne s’appliquait (finalement) pas au promoteur de l’étude ?

05 juin 2023 - 14:24,
Tribune - Alexandre FIEVEE, Derriennic Associés
Dans une affaire récente[1], le Tribunal de l’Union Européenne a considéré que les données transmises à un destinataire ne peuvent être considérées comme des données personnelles que sous réserve que ce destinataire dispose des « moyens légaux et réalisables en pratique » lui permettant d’accéder aux informations supplémentaires nécessaires à la réidentification des personnes concernées détenues par le transmetteur desdites données. Une telle décision pourrait avoir un écho très fort dans le domaine de la recherche. Explications…    

Les traitements de données de santé mis en œuvre à des fins de recherche, d’étude ou d’évaluation dans le domaine de la santé sont encadrés par les dispositions du RGPD et du chapitre IX de la loi Informatique et Libertés modifiée. Ainsi, les recherches multicentriques et/ou accès des données en dehors de l’équipe de soins (impliquant la personne ou non) doivent faire l’objet par le promoteur d’une autorisation à la CNIL ou d’un engagement de conformité à l’une des normes de référence édictées par l’autorité de contrôle. 

À lire aussi : Publication des critères de référencement des services et outils numériques dans le catalogue de « Mon Espace Santé »

En application de certaines normes (MR-001, MR-003, MR-004, etc.), les données transmises au promoteur, responsable du traitement, ne sont que des données « indirectement identifiantes ». Ainsi, le plus souvent, pour répondre à cette exigence, l’organisme (ex : le centre de recherche), qui transmet les données, remplace les nom et prénom des patients par un code alphanumérique, rendant ainsi les données « indirectement identifiantes » pour son destinataire, étant précisé que l’organisme transmetteur conserve les données d’identification des patients. L’application de cette règlementation contraignante (demande d’autorisation ou engagement de conformité) résulte du fait que les données traitées sont des données à caractère personnel relatives à la santé des patients, lesquelles sont considérées comme des données sensibles, et ce qu’elles soient « directement ou indirectement identifiantes ».

Une décision récente du Tribunal de l’Union pourrait remettre en cause l’application du RGPD dans le cadre de la mise en œuvre de ce type de recherches. 

Dans cette affaire, il était reproché au CEPD d’avoir considéré que les données transmises étaient des données personnelles alors que le destinataire ne disposait pas des données d’identification. Selon le CEPD, il n’était en effet pas nécessaire de rechercher si les personnes concernées étaient réidentifiables par le destinataire ou si cette réidentification était raisonnablement probable, dès lors que de telles données devaient être considérées comme « pseudonymisées » (et donc à caractère personnel) puisque l’émetteur – contrairement au destinataire - détenait les données d’identification. 

Le Tribunal de l’Union a sanctionné cette analyse, le CEPD s’étant contenté d’examiner la possibilité de réidentifier les personnes concernées du point de vue de l’émetteur et non du destinataire. Partant, « à défaut pour le CEPD d’avoir recherché si [le destinataire] disposait des moyens légaux et réalisables en pratique lui permettant d’accéder aux informations supplémentaires nécessaires à la réidentification [des personnes concernées], le CEPD ne pouvait conclure que les informations transmises [au destinataire] constituaient des informations se rapportant à une"personne physique identifiable" au sens de l’article 3, point 1, du règlement 2018/1725. »

Il ressort de ce qui précède que si le destinataire démontre qu’il ne dispose pas « des moyens légaux et réalisables en pratique » lui permettant d’accéder aux informations supplémentaires - détenues par le transmetteur - nécessaires à la réidentification des personnes concernées, les données transmises ne doivent pas être considérées comme des données à caractère personnel, car non « indirectement identifiantes ». 

Ainsi, et pour en revenir à notre sujet, si le promoteur démontre qu’il est dans l’incapacité de réidentifier les patients dont les données lui ont été transmises par les centres de recherche, il pourrait s’affranchir de toute demande d’autorisation ou d’engagement de conformité à une norme et réaliser ainsi son étude sans se soucier du RGPD et de la loi Informatique et Libertés modifiée.


[1] CJUE, Tribunal, 26 avril 2023, t-557/20.


 

Alexandre FIEVEE est inscrit au Barreau de Paris depuis 2004.Il accompagne de nombreux acteurs notamment dans le secteur de l’informatique, de la santé, de l’assurance, de la banque et de l’intelligence artificielle.
Il a une grande connaissance et une forte expertise en droit des nouvelles technologies : dataRGPDe-santédématérialisation et informatique. Il travaille aussi bien en conseil qu’en contentieux.
Avant de rejoindre le cabinet Derriennic Associés, Alexandre a travaillé notamment comme responsable juridique au sein de la direction juridique d’AXA France.
Il écrit de nombreux articles dans les revues spécialisées et a notamment une rubrique mensuelle dans la revue Expertises.

 

 

 

 

 

 

 

Avez-vous apprécié ce contenu ?

A lire également.

Illustration Cloud souverain : le décret SREN durcit le cadre pour les données sensibles du secteur public

Cloud souverain : le décret SREN durcit le cadre pour les données sensibles du secteur public

27 avril 2026 - 09:16,

Actualité

- Rédaction, DSIH

Le décret d’application de l’article 31 de la loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique vient enfin préciser les conditions d’hébergement des données sensibles dans le cloud. Pour les établissements de santé, les administrations et les opérateurs publics, le texte marque une nouvelle étap...

Illustration Le DLP, ou l’archétype du techno-solutionnisme béat

Le DLP, ou l’archétype du techno-solutionnisme béat

20 avril 2026 - 10:27,

Tribune

-
Cédric Cartau

On n’est pas exactement dans un matraquage publicitaire de haute intensité, mais cela revient tout de même assez régulièrement, comme la grippe de saison ou les allergies aux plastiques des tongs d’été. En tout cas, régulièrement, il se trouve un commercial lambda pour nous ressortir une offre préte...

Illustration La cyber face au défi des modèles mentaux

La cyber face au défi des modèles mentaux

14 avril 2026 - 08:41,

Tribune

-
Cédric Cartau

Un modèle mental, c’est un prisme au travers duquel nous regardons la réalité. Des lunettes filtrantes si vous préférez.

Illustration Comment quantifier un risque

Comment quantifier un risque

31 mars 2026 - 08:06,

Tribune

-
Cédric Cartau

Après avoir expliqué qu’une PSSI et une appréciation des risques ne servaient à rien (ici 1) -mais un peu quand même -, intéressons-nous à un autre sujet brûlant qui déchaîne les passions, pire que JR (2) et la fin du Prisonnier (3) : la quantification du risque.

Lettre d'information.

Ne manquez rien de la e-santé et des systèmes d’informations hospitaliers !

Inscrivez-vous à notre lettre d’information hebdomadaire.