Baromètre e-santé DSIH 2026 : ce qui a changé en deux ans chez les DSI et DSN de la santé

15 juin 2026 - 16:02

Deux ans après une première édition qui avait fait date, DSIH a repris la parole donnée aux directeurs des systèmes d'information (DSI) et directeurs du numérique (DSN) du secteur santé. En reprenant la quasi-totalité des 36 questions de 2024, le Baromètre e-santé 2026 offre une lecture rare : non plus une photographie, mais une trajectoire. Et celle-ci tient en une phrase — une profession qui tient, mais qui se tend.
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Avec 59 répondants (contre 57 en 2024) au profil quasi constant — majoritairement publics, hospitaliers et exerçant au sein d'un GHT —, l'édition 2026 permet de mesurer un changement de perception plutôt qu'un effet d'échantillon. Trois précautions de méthode demeurent (effectif resserré, quelques listes d'items élargies, données déclaratives), mais les écarts les plus marqués dépassent le bruit statistique et dessinent un mouvement cohérent.

Ce qui ne bouge pas : l'engagement et le sens

D'une édition à l'autre, le moteur reste intact. La contribution à l'amélioration des soins conserve la première place des avantages perçus du métier, et 87 % des répondants recommanderaient encore leur profession. Le besoin n°1 en ressources ne change pas non plus : le personnel SI qualifié, à un rang strictement identique entre les deux éditions. Côté agenda réglementaire, le programme CaRE reste l'obligation prioritaire, signe de la continuité des grands programmes nationaux. La profession doute de ses moyens, pas de son utilité.

Ce qui se réorganise : les hiérarchies s'inversent

C'est ici que la comparaison est la plus parlante. La difficulté n°1 du métier était la profusion des projets en 2024 ; c'est désormais le manque de ressources financières, qui bondit de la 4ᵉ à la 1ʳᵉ place. Là où 2024 disait « trop de projets », 2026 dit « pas assez de moyens ».

D'autres curseurs se déplacent dans le même sens. La charge de travail dépasse la cybersécurité comme première préoccupation — non que la cyber compte moins, mais elle s'est intégrée au quotidien. La première priorité d'investissement passe de la cybersécurité à la modernisation des infrastructures : après les années d'urgence, on consolide le socle. Et le premier obstacle aux projets devient la résistance au changement, confirmant que la transformation est autant un enjeu d'organisation que de technologie.

Ce qui progresse : l'IA fait une entrée fracassante

Le mouvement le plus spectaculaire concerne l'intelligence artificielle. Quasi absente des priorités en 2024 (avant-dernière des tendances à surveiller, rang 9,5 sur 12), elle s'impose en 2026 comme la première tendance à surveiller. Le sujet méritait son propre chapitre. L'IA entre dans les usages par des cas ciblés — aide au diagnostic et imagerie (70 %), copilotes pour les professionnels (55 %) —, mais sa gouvernance reste émergente pour huit organisations sur dix. Ce décalage entre usage, attente et gouvernance constitue le principal point de vigilance des éditions à venir.

Plus discrètement, le portage politique se renforce : 72 % jugent l'implication de leur direction suffisante ou forte, contre 66 % en 2024.

Ce qui se dégrade : moral et perception de la doctrine

Tous les signaux ne sont pas au vert. La part des répondants qui « ne vont pas » bien progresse de 16 % à 24 %, avec l'apparition d'un petit groupe exprimant un mal-être profond, absent en 2024. Le bien-être positif au travail recule de 78 % à 70 %.

Mais le marqueur le plus net est politique : la doctrine du numérique en santé est jugée contraignante ou complexifiante par 62 % des répondants, contre 39 % en 2024 — un durcissement de 23 points, l'évolution de perception la plus brutale de l'édition. À moyens constants, chaque nouvelle obligation est d'abord vécue comme une charge avant d'être un levier. Ce signal se lit en miroir direct des tensions financières : 91 % jugent leurs moyens humains insuffisants, et 74 % estiment les ressources financières inadéquates.

Un même cap, malgré les tensions

Le fil rouge du baromètre est celui d'une profession dont l'engagement ne faiblit pas, mais dont les moyens décrochent du rythme des exigences. La valeur produite, elle, reste tangible : 68 % des répondants observent un gain de temps pour les soignants et 66 % une amélioration de la qualité des soins — un contrepoint essentiel qui légitime la poursuite de l'investissement.

Fidèle à sa vocation de média de référence de la e-santé, DSIH livre les chiffres, leur lecture critique et la parole de celles et ceux qui font le numérique en santé. Un baromètre ne dit pas le vrai définitif : il ouvre la discussion.

Rédaction

DSIH propose réflexions prospectives et retours d’expérience, chroniques d’experts et présentations d’études, à un lectorat très précisément ciblé en raison de son implication dans le développement de la e-santé et des SIS, du DSI à l’ingénieur biomédical en passant par les managers, acheteurs et cadres de santé.

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