Publicité en cours de chargement...

Publicité en cours de chargement...

Publicité en cours de chargement...

Jouer à « Qui est-ce ? » avec le DPO

12 oct. 2026 - 19:36,
Tribune-
Cédric Cartau
Illustration Jouer à « Qui est-ce ? » avec le DPO
On a tous joué au moins une fois à « Qui est-ce ? », ce jeu de société qui consiste à trouver un personnage avant l’adversaire en posant des questions qui éliminent le maximum de possibilités : est-ce un homme, a-t-il une barbe, etc. Sachez qu’avec juste le sexe, le code postal et la date de naissance (JJ/MM/AAAA), on peut retrouver environ 87 % des Américains.

Pour les Français, c’est encore pire : la population est cinq fois plus petite, alors que la France compte près de 35 000 communes (record d’Europe haut la main), contre environ 41 500 codes postaux aux États-Unis. Si on faisait un « Qui est-ce ? » géant avec toute la population française, soit 68 000 colonnes sur 1 000 lignes (68 millions d’habitants), trois questions suffiraient donc pour retrouver la bonne personne.

Je n’exagère absolument pas, c’est le résultat d’une étude académique de l’université Carnegie-Mellon (ici). La thèse de Luc Rocher (UCLouvain, 20 décembre 2019) aboutit aux mêmes conclusions, avec comme illustrations :

  • 83 % de réidentification sur les mêmes critères que l’étude précédente (donc, résultats cohérents) ;
  • avec le sexe, le statut marital, la date de naissance et le code postal, on est à 86 % ;
  • globalement, avec un tableau d’au moins sept colonnes, on dépasse dans pas mal de cas les 95 % (selon les colonnes).

Derrière cet intermède ludique se pose la question du caractère nominatif ou non d’une donnée. Et le problème, c’est que pas mal d’autres études tendent à démontrer qu’il est difficile, voire quasi impossible, d’anonymiser proprement un jeu de données comportant une ligne par personne physique sans opérations particulières sur les données affichées.

Cela conduit le DPO à poser une doctrine interne par niveaux, allant du totalement nominatif au « raisonnablement » anonyme, avec des niveaux intermédiaires. Par exemple :

  • N0 : données intrinsèquement nominatives (identité de la personne) ;
  • N1 : données pseudonymisées (identités masquées), mais facilement réidentifiables sans moyens compliqués ;
  • N2 : données pseudonymisées, réidentifiables mais avec des moyens conséquents : clé, séparation clé / données, remplacement de l’âge par une tranche d’âge, de l’adresse par un quartier, etc. ;
  • N3 : données anonymes : agrégation de lignes, introduction de bruit aléatoire dans les champs, etc.

Ce n’est qu’un exemple, à adapter selon le contexte. Cadeau bonus : pour N3, le référentiel est l’avis 05/2014 du G29 (WP216, 10 avril 2014). Il faut satisfaire les trois critères (individualisation, corrélation et inférence), ou disposer d’une analyse de risque démontrant l’impossibilité pratique de réidentifier.

Derrière ce débat, la question de fond pour le DPO est la suivante : à partir de quand, dans mon organisation, une donnée passe-t-elle du côté « très très difficile à réidentifier », et sort-elle donc du périmètre du RGPD ? Et quand doit-elle être considérée comme identifiante ? Parmi les 78 mesures de son annexe A, l’ISO 27701 prévoit la A.3.3 (Politiques de sécurité de l’information), pendant de la A.5.1 de l’ISO 27001, qui incite clairement à poser une règle interne, une doctrine.

D’une part, cela fait gagner du temps : les organisations mettent en œuvre tellement de traitements que disposer d’une taxonomie pour évaluer rapidement si l’on est ou non dans le RGPD, c’est du bonus. D’autre part, disposer d’une politique (à réévaluer périodiquement, bien entendu), c’est montrer que l’organisation sort de l’amateurisme et de l’artisanat sur ce genre de sujet. En cas de contrôle ou d’incident, c’est toujours mieux.

Et surtout, les exemples de Carnegie-Mellon ou de Rocher ont un potentiel de sensibilisation certain. On n’en trouve plus trop, mais il y a peu, j’ai croisé des responsables de traitement qui me soutenaient que remplacer les noms et prénoms par des initiales dans un fichier de 240 colonnes suffisait à anonymiser le machin. Authentique.

photo de Cartau
Cédric Cartau

Avez-vous apprécié ce contenu ?

A lire également.

Illustration Pseudonymisation et donnée à caractère personnel, des notions subjectives…

Pseudonymisation et donnée à caractère personnel, des notions subjectives…

15 sept. 2025 - 22:24,

Tribune

-
Léa Rogerie &
Marguerite Brac de La Perrière

Par une décision très attendue du 4 septembre 2025 [1] , la Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE) s'est prononcée sur la notion de "pseudonymisation", en consacrant une approche subjective de l'appréciation du caractère identifiable d'une personne concernée, et ouvrant ainsi de nouveaux horiz...

Vous prendrez bien un peu de données personnelles ?

02 déc. 2019 - 16:05,

Tribune

- Cédric Cartau

Un article, relayé largement sur LinkedIn[1] en fin de semaine, a attiré mon attention. Deux chercheurs de l’Université catholique de Louvain (Luc Rocher et Julien Hendrickx) se sont posé la question de savoir si des données anonymisées pouvaient tout de même être réidentifiées. On subodorait déjà q...

Illustration Le CHU de Nice déploie son entrepôt de données de santé EDS Méditerranée

Le CHU de Nice déploie son entrepôt de données de santé EDS Méditerranée

06 oct. 2026 - 09:11,

Actualité

- Rédaction, DSIH

Le CHU de Nice a lancé son entrepôt de données de santé, intégré au projet régional EDS Méditerranée. Déployé avec l'appui du GCS CARES, il doit permettre la réutilisation sécurisée des données de soin à des fins de recherche et d'intelligence artificielle. Le dispositif associe l'AP-HM, l'Institut ...

Illustration Projet de règlement Omnibus Données : où en est-on de la notion de données à caractère personnel ?

Projet de règlement Omnibus Données : où en est-on de la notion de données à caractère personnel ?

29 sept. 2026 - 07:15,

Tribune

-
Marguerite Brac de La Perrière

Plus d’un an après l’arrêt CJUE du 4 septembre 2025 sur la pseudonymisation (Affaire C-413/23 P) et presque un an après la proposition par la Commission européenne du « Digital Omnibus » en novembre 2025, le texte a considérablement évolué sous l'impulsion des présidences successives du Conseil, d'a...

Lettre d'information.

Ne manquez rien de la e-santé et des systèmes d’informations hospitaliers !

Inscrivez-vous à notre lettre d’information hebdomadaire.