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GOIA : le Grand Ouest hospitalier structure son infrastructure d’intelligence artificielle

De la cartographie du « shadow IT » à une charte commune
Le groupement de coopération sanitaire Hôpitaux universitaires du Grand Ouest (GCS HUGO), qui fédère les CHU d’Angers, Brest, Nantes, Orléans, Rennes et Tours, l’Institut de cancérologie de l’Ouest, le CH du Mans et le CHD Vendée, a mis en ligne le 25 juin son projet stratégique 2026-2029. Le troisième de ses cinq axes engage les établissements à définir une stratégie commune autour des usages de l’IA en santé, dans la triple dimension du soin, de l’enseignement et de la recherche.
Premier chantier, prévu d’ici à 2027 : recenser et cartographier les initiatives et expertises déjà présentes dans les établissements — des usages « s’apparentant bien souvent à du shadow IT », reconnaît le document. Ce recensement doit alimenter un réseau de compétences interrégional, puis une charte commune de gestion des données et d’utilisation de l’IA dans les pratiques quotidiennes. Le groupement prévoit également un benchmark inter-établissements des solutions du marché déjà déployées, susceptible de déboucher sur une rationalisation des coûts d’acquisition.
Des LLM entraînés sur chaque entrepôt de données
C’est le volet le plus technique — et le plus ambitieux — de la feuille de route GOIA, déclinée en quatre étapes annuelles. Dès 2026, outre la mise en place d’une gouvernance IA et le lancement d’un appel à projets interrégional dédié aux e-cohortes, HUGO annonce un programme visant la création de modèles de langage (LLM) entraînés sur chacun des entrepôts de données de santé (EDS) du réseau.
L’année 2027 sera consacrée à la simplification de l’accès aux données : déploiement d’API et d’interfaces analytiques, expérimentation d’architectures d’accès standardisées de type MCP (Model Context Protocol) pour connecter outils analytiques et modules d’IA aux entrepôts, et test d’une première plateforme de calcul mutualisée pour l’IA. En 2028, cette plateforme doit passer en production dans l’ensemble des établissements, avec l’industrialisation des pipelines de données et des processus MLOps, avant l’intégration des outils d’IA dans les flux de travail hospitaliers à l’horizon 2029, accompagnée de partenariats académiques et industriels. Une cellule de veille technologique suivra en continu l’IA générative, les architectures data, les standards d’interopérabilité et les infrastructures de calcul.
L’Ouest Data Hub comme socle
Cette stratégie s’adosse à l’Ouest Data Hub (ODH), présenté comme le premier réseau d’entrepôts de données hospitaliers en Europe : six CHU et trois centres hospitaliers (Vendée, Le Mans, Lorient), couvrant près de 15 millions de patients. Homologuée système-fils du SNDS en 2025, la plateforme comptabilisait 26 projets de recherche multicentriques à fin 2025.
Le réseau vient de franchir une étape avec l’avis favorable rendu par la Cnil en avril 2026 à la constitution de quatre nouveaux EDS (CHU d’Orléans, Groupe hospitalier Bretagne Sud, CH du Mans, CHD Vendée) dans le cadre du projet ODH 2.0, soutenu par Bpifrance ; les premiers usages sont attendus d’ici la fin de l’année. La feuille de route propre à ODH suit le même tempo que GOIA : cadrage de la gouvernance en 2026, interopérabilité des données et premières e-cohortes en 2027, extension territoriale sélective et nouveaux usages d’IA en 2028, évaluation en 2029 — le tout selon un modèle fédéré dans lequel chaque établissement conserve la maîtrise de ses données.
E-cohortes, données synthétiques et pression concurrentielle
Les e-cohortes interrégionales constituent le trait d’union entre données et IA : des corpus multicentriques réutilisables, destinés à la recherche académique comme à l’entraînement et à la validation de modèles. Un appel à projets thématique pourra être lancé à partir de 2027. Le développement de données synthétiques est également inscrit à l’agenda pour accélérer l’innovation sans exposer les données réelles.
Le document ne cache pas la pression concurrentielle qui motive ce calendrier : le patrimoine de données du Grand Ouest constitue un actif stratégique dont l’avantage pourrait s’éroder face à des acteurs nationaux et privés qui industrialisent déjà des modèles d’IA entraînés sur des bases hospitalières. Un chantier spécifique portera enfin sur l’IA en imagerie médicale — structuration, annotation et valorisation des données — dans le prolongement des journées scientifiques organisées en 2025 et 2026, dont celle du 28 mai dernier à Nantes.
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