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IA en santé : l’usage doit primer sur la promesse technologique
Pour Olivier Véran, l’IA en santé doit d’abord se regarder depuis le terrain clinique. Médecin neurologue, ancien ministre et aujourd’hui fondateur d’InnoV, il articule trois grilles de lecture : le soin, la décision publique et l’accompagnement des entreprises de health tech. Cette combinaison l’amène à poser une question simple : l’IA fait-elle réellement gagner du temps aux professionnels de santé ?
L’ancien ministre établit un parallèle avec le numérique hospitalier. Celui-ci a amélioré la qualité des soins, mais il a aussi multiplié les outils et parfois éloigné le soignant du patient. « La question de départ, c’est le temps gagné par l’utilisateur. Viennent ensuite deux critères : l’efficacité pour la santé du patient et la facilité d’intégration dans les usages quotidiens », résume-t-il.
Cette exigence d’usage vaut aussi pour les entreprises qui développent des solutions d’IA. Olivier Véran estime qu’un projet doit répondre à un besoin exprimé par les professionnels, s’inscrire dans un cadre réglementaire maîtrisé et présenter un modèle économique viable. Dans un système de santé où les établissements et les cabinets ne facturent pas plus cher un soin assisté par IA, la démonstration de valeur devient déterminante.
La crise sanitaire comme démonstrateur des capacités d’accélération
La crise liée au COVID 19 lui sert de référence. Elle a montré que l’État pouvait accélérer quand la décision politique levait certains blocages. Il rappelle ainsi le passage de 18 000 téléconsultations par semaine avant la crise à 950 000 une semaine après l’assouplissement des contraintes. « Quand le politique décide d’accélérer, les choses sont capables de se déployer rapidement », souligne-t-il.
Mais cette accélération n’a pas produit, selon lui, une transformation durable suffisante. Les anciens réflexes réglementaires ont repris leur place et certaines infrastructures construites pendant la crise sanitaire n’ont pas suffisamment servi de base à de nouveaux usages. Avec le recul, Olivier Véran plaide pour un financement plus ciblé, un accompagnement au changement mieux soutenu et un plan d’interopérabilité entre la ville, l’hôpital, le médico-social et le domicile.
Donnée, souveraineté et responsabilité industrielle
La donnée constitue un autre point de tension. Olivier Véran défend l’exploitation des données de santé pour alimenter des algorithmes développés dans des conditions éthiques et contrôlées. Il insiste toutefois sur la souveraineté de leur hébergement et sur la responsabilité individuelle dans l’usage des outils d’IA grand public. Selon lui, la confiance ne repose pas seulement sur la réglementation, mais aussi sur la clarté donnée aux citoyens et aux professionnels.
Face à cette analyse, Grégoire de Rotalier, Directeur Général délégué d’Equasens et Directeur de la division Axigate Link, insiste sur la responsabilité industrielle. Pour lui, un éditeur doit concilier aide aux professionnels et aux patients, pérennité économique et conformité réglementaire. Cette approche repose sur la co-construction avec les clients et sur la compréhension métier. « La technologie n’est qu’un moyen au service des usages », rappelle-t-il.
Sur l’IA, Grégoire de Rotalier distingue l’IA organisationnelle de l’IA diagnostic. Il privilégie les usages qui simplifient les pratiques, comme l’IA ambiante, la transcription et la structuration de comptes rendus, sans se substituer aux dispositifs médicaux de diagnostic. Cette position vise à intégrer l’IA dans les logiciels métiers sans brouiller les responsabilités cliniques.
L’enjeu dépasse donc la performance technique. Pour les deux intervenants, l’IA en santé réussira si elle allège les tâches administratives, renforce la coordination, respecte les exigences de sécurité et s’intègre dans les pratiques existantes. À cette condition, elle pourra soutenir les professionnels sans fragiliser la relation thérapeutique.
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