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« L'avenir du numérique va être très humain »

13 mai 2026 - 16:06,
Actualité - DSIH
Deux ans après le lancement de La Poste Santé & Autonomie, Dominique Pon, son directeur général, revient sur les convictions fondatrices du projet et sur ce qui a avancé depuis : la structuration d'une offre data complète, le positionnement sur l'IA souveraine, et la place qu'occupent les services humains dans une organisation hospitalière numérique qui ne cesse d’évoluer. Entretien pour DSIH.

Cela fait deux ans que La Poste Santé & Autonomie a été lancée avec l'ambition de faire émerger un acteur souverain de référence du numérique de santé en France. Où en êtes-vous aujourd'hui dans cette trajectoire, et qu'est-ce qui a changé depuis le lancement ?

dominique-pon.pngDominique Pon : Lorsque nous avons lancé cette feuille de route il y a deux ans, nous sommes partis avec un certain nombre de convictions. La première était qu'il y avait la place pour un acteur comme nous, à capital public et d'intérêt général, dans le numérique en santé : un groupe comme La Poste, pas forcément l'acteur attendu, mais porteur d'une vision de long terme. La deuxième, que la souveraineté numérique allait être de plus en plus prégnante ; c'est l'ADN du groupe La Poste. Et la troisième, qu'il fallait se positionner sur toute la chaîne de valeur de la data : de la collecte à l'analyse, avec des sociétés comme Maincare, Numspot, Docaposte et Heva, en passant par le stockage souverain et le traitement par IA générative.

Le résultat au bout de deux ans, c'est une croissance organique de 4 à 8 % selon les activités. Et nous sommes allés plus loin encore dans notre vision en proposant aux hôpitaux un modèle concret d'architecture data-centrée. C'est tout le sens de l'Alliance SIH, annoncée l'année dernière à SantExpo, qui réunit CPage et les Hospices Civils de Lyon avec HOPSIS – des concurrents a priori, mais qui convergent vers la même architecture. Après la publication d'un livre blanc commun en 2025, cette année nous allons annoncer les premiers résultats concrets. C'est un des sujets clés que nous allons continuer de montrer à SantExpo.

Vous accélérez sur la donnée sur plusieurs fronts complémentaires : l'Alliance SIH, une offre d'entrepôt de données élargie à des établissements plus petits, et le lancement d’un nouveau PACS pour l'imagerie médicale. Qu'est-ce qui fait la singularité et la cohérence de cette stratégie data, et en quoi représente-t-elle un levier pour l'innovation en santé dans les territoires ?

Dominique Pon : Ce en quoi nous croyons depuis le début, c'est la donnée. Dans la santé, la data a deux versants : les données primaires, c’est-à-dire les données nominatives utiles pour le parcours de soins, et les données secondaires, c'est-à-dire des données anonymisées pour la recherche et l'innovation. L'originalité du projet La Poste Santé & Autonomie, c'est d'être un acteur qui fait les deux. Être à la fois éditeur de dossiers patients informatisés et fournisseur de services de technologies autour des entrepôts de données de santé, ce sont les deux faces de la même pièce, et très peu d'acteurs sont positionnés ainsi.

Nous avons remporté plusieurs appels à projets et appels d'offres depuis, avec l’AP-HM et le CHRU de Nancy pour ne citer qu’eux. Nous allons développer une architecture de « bulles » sécurisées pour travailler sur les données secondaires. Cette année, nous annonçons également une offre d’entrepôts de données de santé packagés pour des établissements de taille moyenne.

C'est cette même logique qui nous a conduits à nous positionner sur l'imagerie médicale avec le développement d’un nouveau PACS : dans les données essentielles du parcours de soins, vous avez l'imagerie et la biologie. Ce sont des gisements de données clés.

Nous arrivons en challenger, avec humilité, mais avec des solutions agiles qui intègrent nativement de l'IA partout. Notre vision globale est la plus complète possible autour de la data.

Vous construisez un écosystème autour de l'IA, avec DALVIA comme plateforme fédératrice. Les modèles les plus performants sont aujourd'hui majoritairement extra-européens. Quelle est votre vision d'une IA de confiance en santé – éthique, transparente, explicable – et comment LPSA peut-il réellement peser pour amener les établissements vers cette IA responsable ?

Dominique Pon : Nous n’avons pas positionné un projet souverain par opportunisme, nous l'avons fait par conviction et militantisme, parce que nous pensons que c'est essentiel pour la santé française, pour notre pays, pour l'Europe. Notre vision, c'est qu'il y a un tel développement de l'IA qu'aujourd'hui il existe beaucoup de solutions alternatives, pour des cas d'usage bien précis dans la santé, qui permettent d'aller piocher dans des solutions souveraines, au minimum au niveau européen. Nous ne voulons pas déroger à un autre principe de base : proposer des solutions dans le secteur de la santé conformes à l'AI Act européen, à la réglementation européenne et à cette vision de souveraineté. Il existe aujourd’hui des alternatives qui peuvent concurrencer les solutions outre-Atlantique, pas sur tous les cas d'usage, mais sur pas mal de cas d'usage dédiés à la santé.

Les établissements adhèrent au principe, au système de valeur, mais c'est avec eux que l’on découvre et que l’on déploie tout le potentiel de l'IA. L'intelligence artificielle va tellement vite que ce que nous proposons aujourd'hui sera différent demain.

Notre idée, c'est de déployer de l'IA dans tous nos produits, dans tout ce que nous distribuons, que nous l’ayons développée nous-mêmes ou qu'elle ait été développée par d'autres sociétés, mais toujours dans un cadre de confiance ouvert. Avec la plateforme d’intégration d’IA DALVIA, nous permettons aux établissements d’intégrer rapidement les dernières solutions d’IA dans leur SI en s’affranchissant de toute complexité technique.

La singularité de La Poste Santé & Autonomie, c'est aussi d'associer le numérique et l'humain, avec Careside côté plateforme de parcours et Asten Santé côté domicile. En quoi cette approche globale fait-elle votre différence sur le marché, et que change-t-elle concrètement pour les établissements et les patients ?

Dominique Pon : Nous sommes convaincus que dans le secteur de la santé, plus il y aura de numérique et d'intelligence artificielle, plus il y aura besoin d'humains pour accompagner les transformations. C'est une conviction fondamentale : la santé est un secteur de service où des soignants prennent soin d'autres êtres humains ; l'humain fait de toute façon partie de l'ADN du secteur. Quand nous arrivons avec des solutions numériques censées aider les êtres humains, nous disons : cela ne suffit pas. Il faut aussi proposer de l'accompagnement humain.

Concrètement, depuis deux ans la croissance de nos services humains se situe entre 8 et 10 %. Elle est supérieure à celle de nos services numériques. L'intuition de départ s'est vérifiée dans les chiffres. Je le dis souvent : l'avenir du numérique va être très humain. Plus le numérique progresse, plus le besoin de services humains augmente, et ces services se recentrent sur la relation entre patients et soignants. Cela fait plus de sens de passer du temps avec un patient pour discuter de ses difficultés, dans une relation empathique, que de mobiliser du temps humain devant une console à interpréter des images. Aujourd’hui, les soignants manquent de disponibilité pour cette relation.

Bien utilisée, l’IA permet de recentrer les soignants sur la relation d’humain à humain. Elle transforme aussi en profondeur le rapport des médecins au savoir : l’essentiel n’est pas d’être derrière des écrans ou des livres, mais dans l'accompagnement du patient.

La Poste Santé & Autonomie, c'est aussi Weliom pour accompagner la transformation IA des établissements, et Phénix® Care – issue du projet CKISA dans les Hauts-de-France – pour la cyber-résilience. Face à ces bouleversements, quelle est votre vision du numérique dans les établissements de santé pour les prochaines années, et quels sont, selon vous, les outils qui vont vraiment transformer le quotidien des soignants et des patients ?

Dominique Pon : Mon sentiment est qu'il va y avoir un bouleversement massif et rapide de la façon même dont on conçoit les systèmes d'information hospitaliers. L'arrivée de l'IA va tout remettre en question.

Aujourd'hui, la fragmentation extrême des systèmes d'information – on peut parler de 500 à 1 000 logiciels différents dans un seul établissement de santé – va nécessairement se transformer. Dès lors que l'IA permet de développer très rapidement de nouveaux cas d'usage et qu'on a accès à la donnée, on sera obligé de transformer rapidement les systèmes d'information hospitaliers pour rendre la donnée simplement accessible et permettre aux établissements de développer presque eux-mêmes leurs cas d'usage. Cela va transformer en profondeur l'architecture des systèmes, la relation entre un hôpital et ses fournisseurs de logiciels, et bouleverser les métiers des deux côtés. La technologie va nous permettre d'accélérer l'ouverture de l'hôpital vers la ville, d'intégrer davantage les établissements dans un écosystème de santé plus large – si nous prenons les bonnes décisions, à la fois dans les hôpitaux et chez les industriels. Je pense que c'est inéluctable.


Agoras, keynotes, démonstrations en avant-première, … Découvrez le programme et tous les temps forts de La Poste Santé & Autonomie sur le salon Santexpo du 19 au 21 mai, ICI

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