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IA or not IA : duel au sommet entre un mécréant et un expert

29 oct. 2024 - 10:17,
Tribune - Cédric Cartau & Xavier Aimé

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Illustration IA or not IA : duel au sommet entre un mécréant et un expert
L’IT nous abreuve tous les cinq à dix ans de prétendus concepts supposément nouveaux qui vont nous sauver la vie et celle des phoques de la banquise, le tout en rasant gratos. Mais la plupart du temps, le soufflé retombe comme une bouse de mammouth dans les mois qui suivent et on l’oublie… jusqu’au concept qui suit. Et l’IA alors ? Dialogue réel entre votre serviteur un tantinet taquin, et un expert du domaine à qui il est difficile de la faire à l’envers. Ça va barder.

Cédric : Xavier, tu peux te présenter en quelques mots ?

Xavier Aimé : Sur le papier et dans les faits, c’est marqué chercheur en intelligence artificielle (spécialité Ingénierie des connaissances). La mode actuelle me décrirait centaure ascendant zèbre ; je suis la tête dans l’ordinateur, et les mains dans la pâtisserie.

C : Bon, on ne va pas se la raconter, l’IA, c’est du bullshit, non ? Quand je faisais mes études, on parlait déjà de ces « systèmes experts » qui devaient changer le monde dans les dix ans… Sauf que j’ai fait mes études dans les années 90, et ce qui a vraiment changé, c’est le taux d’imposition, le prix des options chez le concessionnaire de bagnoles et la taille de mon écran plat dans mon salon.

X : Là, on risque de passer pour les deux vieux du Muppet Show ; nous avons fait nos études quasiment en même temps, et quand je me regarde dans la glace je te garantis qu’il y a pas mal de choses qui ont changé depuis, comme globalement en informatique. Nous sommes passés de l’ère du PC à celle du tout-en-réseau. Avec Internet, l’augmentation de la mémoire et des capacités de calcul, on a aussi ressuscité de vieilles idées de l’IA. Le deep learning, c’est un retour en force. On a plus de capacités de traitement et de stockage, donc plus de données à valoriser, entre autres pour l’apprentissage. Sur le fond, les principes de l’IA restent les mêmes : simuler la cognition humaine. Mais tout bouge, et le citoyen lambda commence également à s’en rendre compte, ce qui est aussi un changement.

C : Non mais sérieusement, je veux bien le coup des réseaux de neurones, les neurones qui s’ajustent mutuellement pour que la sortie soit conforme à l’apprentissage et tout le toutim, OK. Mais les LLM ? Sérieusement ? Ce ne sont jamais que de gros algos de corrélation de mots, si ça c’est de l’IA, ma grand-mère fait du ski nautique en tutu !

X : Tout à fait, comme ta grand-mère, les principes des LLM remontent au xixe siècle avec les chaînes de Markov. Et maintenant, on peut les mettre dans un ordinateur. Ce concept affirmait déjà que si on lisait tout ce que tu écris, alors en prenant quelques-uns de tes mots, on pourrait te prédire fidèlement le suivant. C’était juste du p(B/A) où A est un n-gram. Or les LLM, c’est juste le fonctionnement de notre mémoire. Si je demande à ta grand-mère combien font 2 + 2, si elle n’est pas démente, elle va me répondre 4. Non pas parce qu’elle aura fait le calcul, mais parce qu’elle a bien appris ses tables d’addition qui nous mettent en mémoire que « 2 + 2 font 4 », i. e. la corrélation « 2 + 2 » et « 4 ». Un LLM pur, c’est de la mémoire en un peu plus évolué. Après, au menu, tu peux rajouter des toppings de traitements symboliques sur la gaufre.

C : OK, donc tu es en train de me dire que les concepts sont connus depuis un siècle. Mais alors pourquoi on a attendu autant pour qu’ils deviennent disruptifs ? La puissance de calcul des ordinateurs et la base d’entraînement ?

X : On est aujourd’hui véritablement dans l’optimisation de la complexité d’un côté, et dans l’opérationnel de l’autre, grâce en effet aux améliorations techniques. Un peu comme la relativité d’Einstein : établie il y a plus de 100 ans sur le plan théorique, on ne finit pas d’en voir les dimensions pratiques aujourd’hui et dans beaucoup de domaines. Feu mon père mathématicien m’a toujours dit que le « vrai » fondamental ne se voyait/vérifiait expérimentalement que rarement du vivant de son auteur.

C : OK, vu. Et c’est quoi la suite ? Des prévisions, avec le sérieux du chercheur ?

X : Je ne suis pas Nostradamus : il y a plus d’un an, je pensais que la multimodalité allait devenir la norme. J’évoquais déjà dans mes conférences l’intelligence collective artificielle qui allait faire renaître les systèmes multi-agents. Je parlais de l’incarnation de ces IA génératives avec la renaissance des humanoïdes. C’était on ne peut plus d’actualité, on y est. Les laboratoires R&D, notamment industriels, sont à fond dessus. La question n’est plus de savoir « SI » mais « QUAND ». Et puis il y a autre chose qui nous pend au nez : la fusion carbone-silicium ou le naturel avec l’artificiel. Neuralink d’Elon Musk n’est que la partie visible d’un iceberg transhumaniste qui se détache de la banquise. Là non plus, rien de vraiment nouveau, mais maintenant, ça se montre à l’air libre. Et la frontière entre la réparation et l’augmentation est infime, voire perméable. Est-ce que l’on est prêt à cela en Europe et en France ? Assurément pas ! Comme dit le proverbe : « Les Américains inventent, les Chinois copient (mais inventent aussi de plus en plus), pendant que les Européens réglementent et que les Français discutent avec les philosophes. »

CONCLUSION

C : Bon, ben, je crois que le Xavier vient de me coller un mot compte triple.

X : Et même plusieurs.


Xavier Aimé, Cédric Cartau

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