La fin de la cyber ou les sept scénarios de l’apocalypse
Scénario 1 : la fin des réserves de silicium
Notre Elon qui n’êtes pas encore aux cieux, donnez-nous nos tweets quotidiens, et surtout du silicium. Oui, parce qu’on a oublié que tout ce bazar ne fonctionne que parce qu’il y a des jonctions NP, des transistors et du silicium (ou équivalent) pour faire tourner le tout. Pas de bras, pas de silicium, pas de chocolat. Alors bien entendu, le sable, c’est pas demain qu’on en manquera, mais bon, au rythme où les Chinois le siphonnent pour construire des buildings à donf, il paraît que dans certains endroits du globe on commence à en manquer. Ce serait un beau foutoir.
Scénario 2 : la révolte des machines
Pour les générations comme la mienne qui ont été scotchées à leur fauteuil de cinéma lors de la toute première de Terminator, ça cause.
Bien entendu, nous avons tous en tête l’IA forte qui finit par se rebeller contre son créateur, mais personnellement j’ai l’apocalypse un peu plus joyeuse, je vois plutôt un scénario à la Bartleby le scribe[1], qui mettait la plus mauvaise foi à exécuter les ordres de son patron et a fini de le rendre chèvre. Ce serait drôle la CPU de votre PC qui refuserait de lancer le navigateur au motif « qu’elle préférerait ne pas » aujourd’hui.
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Scénario 3 : la réverbération
Je ne parviens plus à mettre la main dessus, mais dans une des (très) nombreuses nouvelles de SF que j’ai éclusées dans mes jeunes années, il était question du fait que l’Univers était en fait beaucoup plus petit que ce que l’on imaginait, et que les premières ondes radio émises tout au début de la TSF s’étaient réfléchies sur le bord et nous revenait dans la figure, engendrant des perturbations électro-magno-bidules totalement inoffensives pour l’humain, mais terminé la radio, la télé, les ordinateurs et Google. Retour à un monde pré-telco, autant dire à celui de grand-père (le mien). Un très très gros foutoir.
Scénario 4 : bug majeur dans TCP/IP
Bon, OK, les spécifications sont simples (en fait non) et le protocole plutôt éprouvé (en fait oui), mais c’est le propre des effets de seuil que de n’apparaître… qu’à partir d’un certain seuil. Si vous pensez que l’on peut changer en plein vol le protocole, sachez que je lis dans la presse spécialisée depuis 1995 la fin pour l’année suivante d’IPv4… et il en reste encore.
Scénario 5 : une attaque écolo sur les datacenters
Ne dites pas que c’est moi qui l’ai dit, mais si se coller la main sur une 911 GT est un acte écolo, alors je gage que se coller la peau du zob sur une baie de disques ou une ferme virtualisée mène directement au paradis des ni-rasés-ni-épilés, avec direct un bon de réduction pour chiottes sèches en or massif. Étonnant que personne n’ait eu cette idée, quand on sait le gouffre énergétique des datacenters, et pas seulement ceux de Facebook ou de Google : même dans les grandes entreprises, les salles internes atteignent des seuils de consommation électrique considérables. En 2035, fini les voitures thermiques (enfin, il paraît), et les datacenters, on en fait quoi ?
Scénario 6 : plus d’informaticiens
Cela peut vous faire sourire, mais quand on sait la défection des candidatures dans certaines formations techniques, quand on sait que les programmes scolaires ont fait de la viande hachée avec les maths et autres disciplines scientifiques dures (et que l’on n’en voit les conséquences que cinq à dix ans plus tard), certaines SSII et DSI ont un léger souci à se faire. Non, on ne peut pas tout externaliser en Inde, non, on ne peut pas tout passer dans le Claouuuuuud sans avoir des informaticiens en interne – et autrement plus balèzes, qu’on se le dise, quand il s’agit de piloter une prestation Cloud que quand il s’agit de tout faire à la maison.
Scénario 7 : les informaticiens tournent tous barjos
Je m’en suis déjà largement ouvert dans mon précédent délire (ici[2]), mais être vissé à longueur de journée sur une chaise avec le nez sur l’écran, ça finit par vous taper légèrement sur le système. Si, si. En tout cas, j’en vois quelques-uns dont l’état est certains jours inquiétant.
Bon moi, ça va, pas de souci, j’en discutais pas plus tard qu’hier avec mon ami imaginaire, qui me rassurait de ces mots : « Ne t’inquiète pas mon bibi et ne crois pas tout ce que tout le monde passe son temps à dire dans ton dos, non, tu n’es pas parano. »
[1] Herman Melville.
[2] /article/4894/analyse-psy-de-la-cyber-les-rssi-sont-tous-dingos.html
L'auteur

Responsable Sécurité des systèmes d’information et correspondant Informatique et Libertés au CHU de Nantes, Cédric Cartau est également chargé de cours à l’École des hautes études en santé publique (EHESP). On lui doit aussi plusieurs ouvrages spécialisés publiés par les Presses de l’EHESP, dont La Sécurité du système d’information des établissements de santé.
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