Publicité en cours de chargement...

Publicité en cours de chargement...

Rendez-vous avec les algorithmes

05 fév. 2019 - 10:10,
Tribune - Cédric Cartau
« Hôpital numérique » est un concept qui admet plusieurs définitions, dont la suivante : il s’agit de l’ensemble des technologies mises en œuvre pour supprimer, autant que faire se peut, les goulets d’étranglement dans la « chaîne de production » des actes médicaux. Je prie le lecteur d’excuser cette vision industrielle du soin, ce n’est qu’une forme de modélisation. À l’origine de cette vision en flux, il y a l’ouvrage de Goldratt [1], que j’invite ardemment à lire.    

Dans les hôpitaux (et dans une moindre mesure les cliniques), la chaîne de production des actes est perturbée par au moins trois goulots : la prise de rendez-vous, les admissions et la production des comptes rendus. Ce dernier peut être en partie réglé par des technologies telles la reconnaissance vocale et la dictée numérique. Pour les deux premiers et pour d’autres (on peut citer dans une certaine mesure des analyses de biologie très pointues, la génétique et autres), après 20 ans de travail dans le monde de la santé, je continue d’entendre les décideurs se plaindre de la difficulté de prendre des rendez-vous dans un hôpital (plus il est gros, pire c’est) ou de la queue aux admissions. Et force est de constater que les DSI et les éditeurs de logiciels de soins n’ont pas été à la hauteur depuis au bas mot dix ans que les technologies Web auraient permis de régler la question.

Bref, plusieurs hôpitaux ont engagé des projets assez importants pour externaliser certaines de ces fonctions auprès de plateformes spécialisées. Ce n’est pas simple, rien que pour la question des RDV, de trouver un créneau pour le Dr Dupont en ville et de faire la même chose dans un établissement de santé ; contrairement aux apparences, c’est assez différent. Un exemple : le rappel par SMS fait partie des fonctionnalités très appréciées de ces plateformes. Sauf qu’il existe des catégories de patients pour qui on ne peut absolument pas envoyer de rappel par SMS : les détenus, les mineures qui viennent pour une IVG sans les parents, etc. La gestion de la prise de RDV pour un proche est totalement différente entre la médecine de ville et l’hôpital, où la gestion des doublons patients (identitovigilance) est un vrai cauchemar, etc. Certes, au final, on y arrivera, car en informatique on peut tout faire, ce n’est qu’une question de temps. Pour les admissions, il est possible de réaliser des pré-admissions en ligne, mais les questions d’identitovigilance complexifient singulièrement le débat. 

Une des difficultés – surmontable – de ce type de projets, tient aux contraintes du RGPD. Pas question en effet que le traitement (au sens du RGPD) des données de l’établissement ne soit pas totalement étanche par rapport au traitement des usagers de la plateforme en question. En d’autres termes, l’établissement fait l’acquisition de la plateforme « en marque blanche », mais sa base patients doit être totalement distincte de la base des usagers, et c’est tout sauf simple dans la mesure où ces plateformes n’ont initialement pas été conçues en ce sens.

Le Courrier internationaln° 1474 (du 31 janvier au 6 février) fournit un dossier sur le cas Facebook, qui enchaîne les scandales, le dernier en date à propos du détournement des conditions générales d’utilisation d’Apple. Un des articles du dossier pointe l’opacité des algorithmes de Facebook : personne parmi les usagers ne sait pourquoi on nous recommande tel contact, telle publicité ou tel site, et Facebook garde jalousement ce qu’il considère comme un secret industriel. Monsanto est plus ou moins en train de transformer une partie du monde agricole en armée de tâcherons qui plantent et récoltent, alors que la firme dispose de toutes les données pour déterminer où planter quoi et à quel moment pour favoriser la croissance la plus rapide possible des végétaux – voir à ce sujet l’ouvrage de Gilles Babinet Big Data, penser l’homme et le monde autrement. Uber est la plus grosse entreprise de taxis au monde, sans posséder un seul véhicule. Il ne faudrait pas que ce même schéma délétère se reproduise pour les soins. 

Ce risque existe bien entendu dans l’externalisation des fonctions susnommées, et les établissements doivent en prendre conscience, d’autant qu’a contrario les progrès permis par ce type de plateformes sont considérables. De toute manière, externaliser certaines fonctions du SI va dans le sens de l’histoire et l’hôpital doit se saisir de ces enjeux pour gagner la bataille de demain. Savoir qui prend RDV pour quoi et quelle spécialité a le vent en poupe dans telle ville ou tel arrondissement permet de redessiner la carte de l’offre de soins, savoir quels types de patients sont admis en ligne versus quels autres en présentiel permet de redimensionner les admissions, savoir quels types d’analyses de biologie sont externalisés permet de revoir le dimensionnement des plateaux techniques, de prévoir les évolutions des besoins d’analyse, etc. On peut multiplier les exemples à l’infini, et ce n’est pas pour rien que certains analystes comparent les données du xxie siècle au pétrole du début du xxe

Bref, le champ des possibles est immense et nécessite que les hôpitaux verrouillent la possession des données produites : il s’agit d’un enjeu de santé publique.


[1]    Le but – Un processus de progrès permanent, Afnor Éditions, 2017.

Avez-vous apprécié ce contenu ?

A lire également.

Illustration Le Health Data Hub sélectionne huit nouveaux projets pour enrichir sa bibliothèque open source d’algorithmes en santé

Le Health Data Hub sélectionne huit nouveaux projets pour enrichir sa bibliothèque open source d’algorithmes en santé

04 juin 2025 - 13:10,

Communiqué

- Le Health Data Hub

À l’occasion de la Journée de l’open science en santé, organisée ce 4 juin 2025 à PariSanté Campus, le Health Data Hub (HDH) annonce les huit lauréats de la 8e vague de son appel à manifestation d’intérêt (AMI) dédié à la Bibliothèque Ouverte d’Algorithmes en Santé (BOAS). Cet appel à projets, lancé...

Santé et données : un défi de taille !

21 oct. 2019 - 11:44,

Communiqué

- Computacenter

Avec ses milliers de patients, le monde hospitalier génère des quantités phénoménales de données. Le stockage de cette data est donc une priorité informatique pour ces structures de santé. Cependant, les hôpitaux sont confrontés à des contraintes budgétaires et les solutions de stockage sont onéreus...

ALICANTE s’associe au CEA pour doper son expertise en intelligence artificielle

16 avril 2018 - 17:25,

Communiqué

- ALICANTE

ALICANTE, éditeur de logiciels pour la valorisation des données hospitalières, et le CEA s’associent pour renforcer le positionnement de l’industriel en intelligence artificielle. Alicante utilisera l’outil Expressif (1) du CEA pour optimiser l’offre de sa plate-forme Inquia au service des établisse...

RGPD dans les hôpitaux, chronique d’une prise en main – épisode 4

10 oct. 2017 - 11:22,

Tribune

- Cédric Cartau

Dans un premier volet(1), nous avons exposé la problématique générale du RGPD dans le monde de la santé. Dans un deuxième volet(2), nous avons disserté sur la question centrale de la méthode d’appréciation des risques. Dans un troisième volet(3), nous avons parlé de la démarche globale. Il nous rest...

Lettre d'information.

Ne manquez rien de la e-santé et des systèmes d’informations hospitaliers !

Inscrivez-vous à notre lettre d’information hebdomadaire.