Du rififi autour de l’INDS
Petit résumé. Le Système national des données de santé (SNDS) est un repository central alimenté par les bases de données telles que celles de l’Atih et de la Cnam (Sniiram), les données médicales de décès, etc. Le SNDS permet de chaîner et de corréler ces données, qui sont pseudonymisées (état civil masqué et remplacé par un identifiant non significatif), mais pas anonymisées. Un décret en précise[2] les conditions d’accès, et en substance on trouve deux catégories d’organismes : ceux qui disposent d’un accès de droit (la Cnam, les ARS, la HAS, les équipes de recherche des CHU, etc., soit 25 en tout), et les autres, pour qui un accès peut être délivré moyennant une procédure faisant intervenir la Cnil.
L’argument des quatre fédérations étonne : elles estiment que leurs membres doivent disposer également d’un accès de droit au SNDS, arguant que la présence de certains organismes dans la liste des 25 est plus que discutable. En résumé, tout plein de gens y ont droit ; alors pourquoi pas nous ? On est dans le même registre que le conducteur qui se fait attraper par une patrouille de policiers postés derrière un feu rouge et qui argumente pour sa défense : « Je suis passé au rouge mais le gars devant moi aussi, et vous ne l’avez pas arrêté, alors pourquoi m’arrêter moi ? »
Rappelons tout de même que le SNDS est constitué de données sensibles – des chercheurs ont montré que, même en supprimant les données d’état civil, il est impossible d’anonymiser avec certitude toutes les données – et que sa finalité est en tout premier lieu la recherche. Alors j’aimerais bien que l’on m’explique pourquoi la FEHAP (par exemple) réclame pour ses membres un accès de droit au dispositif, tout comme d’ailleurs la FHP. Dans leur majorité et sauf erreur, les établissements de ces fédérations ne réalisent pas de recherche médicale (d’une part) et, si tant est que ce soit le cas pour certains d’entre eux, le décret prévoit une procédure d’accès. Et je ne vois pas en quoi le fait de faire valider par la Cnil un accès à des données sensibles constituerait une « multiplication des obstacles administratifs ».
Le premier argument des fédérations étonne encore plus : elles estiment que, participant au processus de collecte des données constituant le SNDS, elles (c’est-à-dire leurs membres) devraient bénéficier d’un accès de droit à ce système. Étonnant : selon le même principe, du fait que je paye la TVA sur tous mes achats, je serais fondé à demander à Bercy un accès de droit au fichier de qui paye quoi en France. Et quid alors des associations de patients, qui seraient également fondées à demander un accès car, après tout, les données, ce sont les leurs.
Non là, vraiment, j’ai dû rater un truc. Je ne peux que conseiller aux quatre fédérations de reformuler leur argumentation. Et de mieux s’appliquer, ce coup-ci.
[2] https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2016/12/26/AFSE1625287D/jo/texte
Avez-vous apprécié ce contenu ?
A lire également.

2026 : la fin de l’Espace, du Temps et de la Vie privée
27 jan. 2026 - 08:37,
Tribune
-Cédric Cartau analyse comment le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg), initialement conçu pour lutter contre la criminalité sexuelle, est devenu en moins de 30 ans un outil de fichage de masse. En s’appuyant sur l’essor de la recherche par parentèle, il interroge les conséqu...

Test PCRA et exercice de gestion de crise combinés : le pragmatisme au service de l'efficience
26 jan. 2026 - 15:06,
Tribune
-Dans un contexte de cybermenace persistant, l'amélioration de la résilience est devenue une obligation pour les organisations de santé. Le programme CaRE, accompagne les établissements dans cette obligation au travers d’un axe majeur : s'équiper et se former face à la menace numérique. Dans la conti...

Tire la cyber-chevillette, la cyber-bobinette cherra : une analyse légèrement décalée des contes de fées par un RSSI
19 jan. 2026 - 23:09,
Tribune
-D’accord, d’accord, je ne suis pas l’inventeur du concept. En 2018, sous la direction de Marine Ranouil et Nicolas Dissaux, paraissait l’ouvrage Il était une fois… Analyse juridique des contes de fées. Plus récemment, en 2022, Alice Cartau et votre serviteur ont mené dans les colonnes de DSIH une te...

Les Hôpitaux Confluence structurent leurs données de santé avec E-Confluence
16 jan. 2026 - 11:39,
Actualité
- Rédaction, DSIHLes Hôpitaux Confluence poursuivent leur transformation numérique avec la mise en place de E-Confluence, une plateforme dédiée à l’organisation et à l’exploitation des données de santé produites par leurs établissements. Cet outil marque une nouvelle étape dans la structuration des informations clin...
