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IT et euros dans la santé

17 mai 2016 - 10:30,
Tribune - Cédric Cartau
La question m’est souvent posée, en cours ou en conférence, des budgets optimums qu’il faudrait consacrer aux SI dans le monde de la santé. Le sujet n’est pas simple, d’autant qu’un monde sépare un Ehpad d’un CHU, mais il est tout de même possible de dégager quelques règles et abaques.

Tout d’abord, de quoi parle-t-on quand il est question de budgets ? La première dichotomie s’opère entre budgets d’investissement et d’exploitation. Les premiers concernent le build des projets – qu’ils soient techniques ou fonctionnels – et correspondent à des opérations en mode « one shot » : quand on aura payé, ce sera fini. Ces budgets sont clairement identifiés dans les comptabilités publiques ou privées (classes de comptes, titres, etc.). Les seconds correspondent à ce qu’il faut « mettre sur la table » pour faire vivre l’existant, le run. On y englobe en général trois sous-ensembles : les amortissements (des investissements précédemment réalisés), la maintenance, et les charges de personnel. Amortissement et maintenance sont la conséquence directe, mais décalée dans le temps, des investissements, alors que les charges de personnel (qui englobent aussi bien la masse salariale interne que les frais de personnels externalisés en régie) correspondent au « manpower » qu’il est nécessaire de déployer pour gérer tout le bazar. Pour ce qui concerne ces budgets d’exploitation, on parle en pourcentage du budget d’exploitation global de l’établissement, et c’est le point qui nous intéresse ci-après.

Dans les temps anciens, seuls les services administratifs étaient informatisés : RH, gestion économique et financière, facturation. À ce compte-là, on peut considérer avec une marge d’erreur relativement faible que la fraction des budgets d’exploitation à consacrer à l’IT dans un établissement varie de 0,25 % (du budget d’exploitation global) pour un Ehpad ou une toute petite structure (moins de 200 lits) à 1 % environ pour un CHU. Dès que l’on cherche à informatiser a minima le cœur de métier (et en particulier la gestion de la prescription médicale), on passe à 0,5 % environ pour un petit établissement et de 1,8 % à 2 % environ pour un CHU. La plupart des établissements de soins en sont actuellement à ce stade.

Si l’établissement nourrit des ambitions plus élevées, par exemple l’atteinte du niveau 6 de l’échelle Himss[1], on change de braquet. Si l’on fait référence à une notation de niveau 6 véritable (et non au concert d’esbroufes habituellement joué au pays du fromage, où un hôpital se prétend au niveau 6 quand il a déployé les prérequis sur le côté d’une aile d’un étage d’une unité de soins), on dépasse alors 1 % pour les petits établissements, quand, pour un CHU, ce niveau est absolument inatteignable à moins de 3 % du budget, voire davantage[2].

Et ce n’est pas fini. Les trois grandes révolutions qui se profilent dans la santé et qui vont impacter l’IT et ses budgets sont la génomique, l’atteinte du niveau 7 de l’échelle Himss et le Big Data (j’aurais pu citer l’Internet des objets, la robotisation des actes médicaux, l’ouverture des DPI, mais je crains de donner mal à la tête aux DAF qui nous lisent…). À chacun de ces enjeux, on peut estimer les conséquences sur les budgets IT entre 0,5 % et 1 %, dans une proportion égale à l’impact précédent de l’informatique au cœur de l’unité de soins. 

La question n’est donc pas de savoir si les budgets IT des établissements vont augmenter, mais quand les décideurs en prendront conscience. Au même titre que la loi de Darwin nous a permis de comprendre la disparition des dinosaures, cette question divisera les établissements en deux groupes : ceux qui survivront à cette révolution annoncée, et ceux qui mourront.

[1]   Échelle de notation de la maturité de l’informatique de l’unité de soins dans l’établissement,
http://www.himssanalytics.org

[2]   Aux Pays-Bas, les CHU sont en majorité au niveau 6, et la moyenne des budgets IT est supérieure à 4 %.

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