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Dr Grégoire Pigné (PulseLife) : « Nous couvrons 100 % des logiciels du marché, selon des niveaux d’intégration plus ou moins poussés »

Quelles raisons vous ont conduit à lancer un chatbot médical ?
Depuis plus de dix ans, PulseLife développe des solutions d’aide à la décision médicale. Nous avons construit, avec les sociétés savantes, la base de connaissances qui fait aujourd’hui référence en France. C’est ce socle qui nous a permis de lancer en décembre 2025 un chatbot médical destiné aux professionnels de santé, qui répond comme le ferait un professeur de médecine, avec rigueur, en s’appuyant exclusivement sur des sources validées. Chaque réponse est sourcée à la phrase près, datée et argumentée. Lorsque la base ne permet pas de répondre avec certitude, l’outil sait dire « Je ne sais pas » et il s’interdit toute invention (hallucination dans le langage de l’IA).
Quel usage des IA génératives observez-vous dans les établissements de santé ?
Certains établissements comptabilisent jusqu’à 600 000 requêtes par mois vers des outils d’IA générative et le baromètre ACSEL-La Poste Santé publié en décembre 2025 établit que 84 % des médecins y recourent déjà dans leur pratique. Cette « shadow AI » fait courir un risque important : la fuite de données confidentielles hors des établissements de santé. Elle livre surtout les praticiens au risque d’erreur comme une réponse inventée de toutes pièces, une référence fabriquée ou citée sans avoir été consultée, une recommandation venue d’un autre pays qui ignore les médicaments disponibles et l’organisation locale des soins... Le rapport AI Index 2026 de Stanford relève entre 22 et 94 % d’hallucinations selon les vingt-six modèles évalués par le test AA-Omniscience. La réponse n’est pas d’interdire l’usage, cela ne fonctionne pas, mais il faut proposer une alternative fiable.
Comment garantissez-vous la souveraineté des données qui vous sont confiées ?
Notre architecture repose sur trois garanties. D’abord, les données restent hébergées en France, sur une infrastructure HDS (hébergeur de données de santé) opérée par Scaleway, hors de toute réglementation extra-européenne (Cloud Act, FISA…). Ensuite, le modèle de langage qui équipe notre solution provient de Mistral, qui s’engage contractuellement à ne conserver aucune requête (Zero Data Retention). Enfin, notre dispositif « PulseLife ID Blocker » intercepte les données identifiantes des patients en amont de tout envoi : concrètement aucune donnée nominative ne quitte l’établissement.
Pourquoi insistez-vous sur le statut de dispositif médical pour ce type d’outil ?
La réglementation se révèle très claire : dès lors qu’un outil exploite des données de santé pour formuler une recommandation susceptible de modifier la prise en charge d’un patient, il relève obligatoirement du statut de dispositif médical. Ce n’est pas une option, c’est une obligation. Nous avons engagé cette démarche et visons l’obtention du marquage CE d’ici la fin de l’année.
Sur quelles données cliniques reposent les garde-fous que vous avez mis en place ?
Nous avons conduit des tests in vitro avant la mise sur le marché, puis des tests en vie réelle qui vérifient nos garde-fous. Sur les prompts analysés, dans 11 % des cas, notre chatbot refuse d’inventer une réponse faute de connaissance disponible dans sa base et renvoie vers la littérature scientifique plutôt que de prendre un risque. Sur l’examen de classement national des études de médecine, qui détermine l’accès à l’internat, notre solution s’est classée parmi les 2 % des meilleurs étudiants français.
Où en sont vos déploiements hospitaliers et votre intégration aux dossiers patients ?
Nos solutions sont aujourd’hui utilisées au sein de l’AP-HP, aux Hospices Civils de Lyon (HCL) et au CHU de Reims, dans des services aussi variés que la médecine d’urgence, de gynécologie ou de médecine interne. Nous élargissons actuellement l’extension à l’ensemble des services d’urgence des HCL et déployons dans l’ensemble des services du CHU de Reims.
Quant à l’intégration aux dossiers patients informatisés, nous sommes compatibles avec les principaux DPI du marché : Numih, Maincare, Softway Medical et Easily, entre autres. Cette intégration qui évite toute ressaisie des données patients et fait arriver l’outil directement dans l’environnement de travail du praticien, sera disponible début 2027 à la suite de l’obtention du marquage CE. Nous couvrons 100 % des logiciels du marché, selon des niveaux d’intégration plus ou moins poussés.
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PULSELIFE EN BREF Fondé à Lyon, PulseLife a lancé sa première application en 2015. L’entreprise emploie 60 salariés et réalise environ 10 millions d’euros de chiffre d’affaires. Elle a conservé sa rentabilité avant comme après ses levées de fonds de 2017 et 2021 (un million puis dix millions d’euros). Plus de 900 000 professionnels de santé utilisent ses solutions dans le monde. Son chatbot médical IA opère en France et en Espagne, avec l’ambition d’occuper le premier rang européen d’ici deux ans. En septembre 2026, PulseLife (groupe 360 Medical) a finalisé l'acquisition d'Invivox, plateforme de référence de la formation pratique des soignants, pour réunir aide à la décision et formation médicale au sein d'un même groupe. |
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