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« En santé, l'innovation n'a de valeur que si elle disparaît dans l'usage »
DSIH : Si vous deviez résumer l'ADN d'Ascent Wai en quelques mots, que diriez-vous ?
Thibaut Soubiron : L'ADN d'Ascent Wai, c'est l'innovation à la fois technologique et organisationnelle. Nous travaillons sur des plateformes cloud natives, pensées dès l'origine pour être modulaires, interopérables et évolutives. Mais la technologie n'est qu'un moyen. Notre vrai sujet, c'est de transformer des organisations complexes en parcours simples et opérationnels, en partant des usages réels du terrain. Quand la plateforme devient évidente pour l'utilisateur, alors l'innovation a atteint son objectif.
Vous venez du secteur des semi-conducteurs. Qu'est-ce qui vous a amené vers la santé ?
T. S. : Après dix ans dans l'industrie automobile des semi-conducteurs, j'ai été frappé par l'écart de maturité avec les processus et l'exploitation de la donnée. En santé, beaucoup de choses reposent encore sur l'engagement humain. C'est exigeant, mais aussi extrêmement riche. Le potentiel est considérable pour transposer des méthodologies d'amélioration continue éprouvées, tout en respectant un univers profondément humain et orienté service. Cela demande de l'humilité.
Le projet AHP Med, à l'Hôpital Américain de Paris, est emblématique pour votre société. Pourquoi ?
T. S. : Parce qu'il incarne une approche très claire par l'usage. AHP Med a été pensé pour le smartphone, avec un chatbot simple, fluide, adapté au contexte réel des médecins. Le projet est volontairement parti d'un périmètre restreint et s'est construit par étapes, en cycles courts d'amélioration. Ce n'est pas de l'improvisation : c'est une méthode rigoureuse qui accepte l'imperfection initiale pour converger plus vite vers ce qui fonctionne vraiment.
Quels ont été les principaux défis techniques ?
T. S. : L'interopérabilité a été un défi majeur. AHP Med est connecté à de nombreux systèmes : dossier patient informatisé, gestion administrative, facturation, logiciel de bloc opératoire, reconnaissance vocale… Chaque brique utilise ses propres protocoles. Notre enjeu était de rendre cette complexité totalement invisible pour le médecin. Aujourd'hui, l'utilisateur bénéficie d'un parcours fluide, sans percevoir la sophistication technique sous-jacente.
Vous parlez d'une approche « haute couture » du numérique en santé. Que recouvre cette notion ?
T. S. : Chaque établissement de santé est spécifique, avec ses pratiques, son histoire et ses contraintes. Il n'existe pas de solution standard applicable partout. Notre rôle consiste à assembler des briques robustes, puis à les ajuster finement aux usages locaux. Cette exigence de personnalisation est la condition pour obtenir une adoption durable. C'est le même principe que dans l'industrie : on standardise les composants, on personnalise l'assemblage.
Comment mesure-t-on la réussite d'un projet comme AHP Med ?
T. S. : Par l'adoption, tout simplement. C'est le seul indicateur réellement pertinent. Quand les médecins passent de la réticence à la demande d'évolutions, on sait que l'outil est entré dans leur quotidien. À l'Hôpital Américain, les chiffres confirment cette dynamique : 96 % des chirurgiens utilisent aujourd'hui la plateforme pour l'intégralité de leurs programmations, et nous avons dépassé les 14 000 séjours programmés depuis la mise en production.
Quelle est la suite pour Ascent Wai ?
T. S. : Nous poursuivons une logique de plateforme médicale. Nous venons de mettre en production un DPI spécifique dédié à la prévention. Une nouvelle version de notre plateforme médecin sortira au deuxième trimestre 2026, avec une ergonomie inspirée des applications mobiles les plus simples à utiliser. Elle intégrera notamment une messagerie sécurisée HDS de type WhatsApp, un outil de gestion de tâches collaborative, un accès élargi au DPI et de nouvelles fonctionnalités de coordination. L'objectif reste inchangé : simplifier les usages et libérer du temps médical, avec des briques d'IA intégrées de manière pragmatique.
Un message pour les décideurs du numérique en santé ?
T. S. : L'innovation en santé, ce n'est pas se faire plaisir en intégrant les technologies dernier cri. On peut déployer la technologie la plus sophistiquée : si personne ne l'utilise, elle ne vaut rien. Le seul KPI qui compte, c'est l'usage quotidien, l'adoption. Il faut avoir le courage de regarder la réalité telle qu'elle est, celle du terrain, accepter la complexité et la spécificité de chaque établissement. C'est cette exigence qui rend l'innovation réellement opérante en santé.
« On ne peut plus exercer la médecine comme avant »
Programmer un patient est devenu un exercice complexe, fragmenté, chronophage.
Pour Stéphane Romano, président du Medical Board et chirurgien orthopédique du membre supérieur, la solution devait être simple : remettre l’organisation médicale dans la main du praticien, via le smartphone. Rencontre avec un médecin qui assume être devenu « addict » à une digitalisation qui simplifie réellement la pratique.
Stéphane Romano
Président du Medical Board
Chirurgien orthopédique – membre supérieur
DSIH : Comment est né AHP Med ?
Stéphane Romano : C’est parti d’un problème très concret. Programmer un patient aujourd’hui est devenu extrêmement complexe.
Il faut coder la pathologie, l’intervention, choisir le matériel, estimer la durée, réserver le bloc, organiser l’hospitalisation… Avant, cela signifiait appeler plusieurs services, se connecter à plusieurs logiciels, transmettre l’information à différents intermédiaires.
À chaque étape, il pouvait y avoir une perte ou une déformation d’information.
Nous nous sommes dit : il faut un outil dans la main du médecin. Simple. Accessible sur smartphone, tablette ou ordinateur. On clique, on programme.
Et pour les pathologies fréquentes, on prépare des parcours à l’avance pour aller plus vite.
Pourquoi le smartphone était-il central ?
S. R. : Pour une raison humaine.
Nous sommes passés d’une médecine où l’on regardait le patient à une médecine où l’on fixe un écran d’ordinateur. Nous avons perdu quelque chose.
Le smartphone change la posture. On peut programmer tout en parlant. On reste dans la relation. Et on peut le faire partout : au cabinet, à l’hôpital, chez soi.
Pourquoi cela a-t-il fonctionné ?
S. R. : Parce que c’est venu des médecins. Ce n’est pas une injonction administrative. Nous avons exprimé un besoin réel.
Ensuite, il y a eu un véritable travail avec les équipes de transformation digitale. Nous avons testé, corrigé, amélioré. Cela s’est construit dans le temps.
Il y a eu des réticences, évidemment : la peur du changement, la crainte de « faire le travail de la secrétaire ».
Mais aujourd’hui, ce que j’écris dans le programme opératoire est exactement ce qui est exécuté. Il n’y a plus d’intermédiaire. La responsabilité est directe. Et c’est plus sûr.
Concrètement, qu’est-ce que cela change ?
S. R : Cela fait gagner du temps.
Je vois 30 à 40 patients en consultation. Avant, j’étais interrompu plusieurs fois pour des questions de programmation. Aujourd’hui, je prends une minute, je programme, et c’est fait.
On remplace des interruptions permanentes par un acte court et structuré.
Vous reviendriez en arrière ?
S. R. : Non.
Je suis devenu addict.
Aujourd’hui, j’attends surtout la suite : le moment où je pourrai tout faire depuis mon smartphone — programmer, consulter le dossier, voir les examens, communiquer avec mes confrères.
On ne peut plus exercer comme avant. Et, franchement, je n’en ai pas envie.
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