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À Verneuil-sur-Avre, un drone au service de la logistique hospitalière
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Mais pourquoi donc un drone ? L’abandon par Cerballiance de son site historique de Verneuil-sur-Avre au profit de celui de L’Aigle a complexifié l’envoi des prélèvements sanguins pour analyse. Le transport a pu être un temps assuré par des navettes routières, au gré des aléas de la circulation, mais le laboratoire a opté pour la modernité. Accompagné par la start-up normande Delivrone spécialisée dans la logistique médicale par drone, il a donc proposé au centre hospitalier une desserte par drone pour fluidifier le parcours de soins dans un territoire rural. Résultat : l’aéronef sans pilote capable de transporter 250 tubes par vol assure cinq rotations quotidiennes (sauf restrictions météorologiques) avec une parfaite régularité. L’engin, qui évolue à 80 mètres d’altitude dans une zone réglementée temporaire (ZRT), vole à 110 km/h et relie les deux sites en 20 minutes, contre 45 minutes à une heure par la route. Depuis le lancement, près de 30 000 kilomètres ont déjà été parcourus, soit 155 heures de traitement patient gagnées et 4,8 tonnes d’équivalent CO₂ évitées.
De nouvelles habitudes à prendre
L’organisation interne de l’hôpital s’est adaptée à ce mode de transport. Les prélèvements centralisés aux urgences sont chargés par les soignants sur un vertiport, une plateforme réservée aux aéronefs à décollage et atterrissage vertical. Un prototype de services U-Space y assure la gestion numérique du trafic, le suivi des vols en temps réel et prépare le fonctionnement à la demande, une première pour un établissement de santé en France. « Dans un territoire rural marqué par la pénurie médicale, nous cherchions des solutions opérationnelles. Le drone fait partie du quotidien, avec des procédures stabilisées », indique Virginia Van de Walle, directrice des services économiques, logistiques, techniques et des systèmes d’information du centre hospitalier. Seules contraintes : la météo, qui impose parfois un retour au transport routier, et l’obligation de redemander chaque année l’autorisation à la Direction de la sécurité de l’aviation civile, la DSAC. La ligne reste expérimentale. À noter toutefois, et c’est une avancée pour le développement du transport de produits de santé par drone, Delivrone est la première entreprise à avoir obtenu des autorisations de transport de l’autorité de régulation.
Les développements à venir
Les retours recueillis depuis le printemps 2025 ont permis d’ajuster les procédures, de fiabiliser les délais et de stabiliser l’organisation. Le dispositif fait désormais partie du fonctionnement courant, avec une montée en charge continue, 24 h/24, 7 j/7. Une application est en cours de développement pour basculer, fin 2025, vers des vols à la demande et tracer chaque transport dans le dossier patient.
Une autre étape pourrait être franchie avec l’extension au transport de poches de sang. Le sujet est en cours d’étude avec l’Établissement français du sang. Le transport de tubes a permis de valider la sécurité de la liaison aérienne entre établissements. Le Dr Arnaud Depil-Duval, chef des urgences du centre hospitalier de Verneuil-sur-Avre et l’un des promoteurs locaux de cette logistique par drone, explique : « Nous réfléchissons désormais au transport de médicaments d’exception, comme les traitements d’urgence pour l’angiœdème ou les sérums antivenins, et de produits sanguins tels que les culots globulaires ou les facteurs de coagulation utilisés chez les patients hémophiles. En l’absence de stock de sécurité à Verneuil-sur-Avre, le gain serait immédiat pour les soins. » En effet, la proximité du Center Parc des Bois-Francs, site touristique très fréquenté, expose l’établissement de santé à recevoir, de manière imprévisible, des patients extérieurs au territoire, non connus du système de soins local. Certains peuvent nécessiter en urgence des traitements spécifiques peu disponibles sur place : facteurs de coagulation, sérums antivenins, médicaments ciblés pour pathologies rares. Dans ce contexte, le drone pourrait offrir une solution d’acheminement rapide depuis un site équipé.
Cette expérience, qui contribue à préserver l’offre de soins et l’attractivité médicale tout en réduisant l’impact environnemental, pourrait à terme inspirer d’autres hôpitaux confrontés à l’éloignement des grands centres urbains.
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