Investir dans la santé : on trouve de tout
Imaginons cinq minutes que vous vouliez investir dans la santé, vous achèteriez quoi ?
Des locaux dédiés à des établissements tels que des Éhpad ou des cliniques ? Il y en a, il existe des entreprises spécialisées dans ce type d’activité cotées en bourse ou des fonds immobiliers dédiés au secteur.
En remontant un peu les couches techniques, l’étape suivante consiste à investir dans des matériels comme l’imagerie ou des fournisseurs quasi exclusifs du monde de la santé : laboratoires pharmaceutiques, fournisseurs d’équipements de bloc opératoire ou d’imagerie, il n’y a que l’embarras du choix.
On continue, et l’on se trouve rapidement avec la couche Services. Groupes de santé privés (cliniques), fonds dédiés à la santé : un sous-ensemble du MSCI World est consacré au secteur de la santé, ce qui en dit long sur le nombre d’entreprises qui évoluent dans ce domaine.
On passe ensuite directement aux fonctions SaaS : en dehors de la prise de rendez-vous, désormais presque totalement dans le Cloud, on trouve pas mal de fonctions orientées grand public telles que les plateformes de résultats d’examens de biologie ou d’imagerie, voire des DPI en ligne par spécialité et bien évidemment le DMP. Nul doute qu’avec l’IA on va bientôt dégoter des fournisseurs SaaS d’assistants IA en ligne pour les diagnostics de bobologie.
L’étape d’après, c’est la commercialisation des services purs. Facile d’imaginer la suite : vu la pénurie de ressources médicales, on va bientôt acheter et revendre des plages horaires de consultation. Il y aura des acheteurs primaires, des intermédiaires, un cours officiel, des pourcentages sur les ventes, etc.
Mais la finance mondiale a inventé les produits dérivés dans les années 60-70, qui au départ étaient destinés à gérer des risques de marché. On n’aurait aucun mal à imaginer le pendant côté santé : non plus acheter des plages horaires de consultation, mais des contrats à terme sur les droits d’achat ou de vente de ces plages horaires. Voire des contrats sur les risques de défaillance (côté médecin ou patient) d’utilisation des plages horaires. C’est bon, vous suivez jusque-là ?
À ce stade, on se dit qu’on a atteint le bout (ou touché le fond, c’est selon). Mais je suis récemment tombé sur une vidéo de Sébastien Koubar[1] sur une classe d’actifs étonnante : il est possible d’investir dans des procès. Je veux dire par là qu’il existe des personnes qui intentent des procès à des tiers avec une forte espérance de gain et un léger risque de perte, mais qui n’ont pas les moyens d’assumer les frais de procédure : autant donc faire appel à l’épargne privée avec risque de perte, mais partage des gains, et les Anglo-Saxons ont immédiatement créé des fonds mutualisés pour ce faire (10 000 euros de mise initiale tout de même) dont les souscripteurs font donc, en pratique, des procès par personne interposée à des dizaines de tiers répartis de par le monde, dont ils n’ont d’ailleurs généralement jamais entendu parler. De là imaginer une sous-classe d’actifs des procès en santé (comme il existe une sous-classe d’actifs du MSCI évoquée plus haut), il n’y a qu’un pas.
Vous me voyez venir avec mes gros sabots de RSSI lourdingue, l’étape finale sera constituée par des fonds spéculatifs de contrats à terme sur les actifs de procès en santé.
Bon, quand la santé mondiale en sera rendue à ce stade, je pense que le moment sera venu de se retirer sur une île, on aura touché le fond du fond. Il est peut-être déjà temps d’investir dans des actifs immobiliers d’îles et de fournisseurs de piña colada.
[1] https://youtu.be/WN0U2I2TF9Y?si=qrGMP-Tg6P4Nmslu
L'auteur
Responsable Sécurité des systèmes d’information et correspondant Informatique et Libertés au CHU de Nantes, Cédric Cartau est également chargé de cours à l’École des hautes études en santé publique (EHESP). On lui doit aussi plusieurs ouvrages spécialisés publiés par les Presses de l’EHESP, dont La Sécurité du système d’information des établissements de santé.
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