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Télémédecine et médecine de proximité

07 nov. 2012 - 01:00,
Actualité - DSIH
Le nouveau pouvoir en place semble plutôt réservé sur l’usage de la télémédecine, du moins en médecine ambulatoire de premier recours, si l’on croit Catherine Lemorton, Présidente de la commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale qui a été interviewée par DSIH Magazine. De plus, on remarquera l’absence de référence au plan national de télémédecine dans le PFLSS 2013. Lors de son interview, Catherine Lemorton précise que «  si la télémédecine permet un partage des connaissances et des pratiques médicales…, elle ne peut se substituer à la médecine de proximité et au contact entre le médecin et son patient ».

Dr Pierre Simon Président de l'ANTELIl n’a jamais été question que la télémédecine se substitue au dialogue en face à face avec son médecin. Elle vient le compléter. Notre système de santé doit relever deux défis dans les prochaines années : répondre à une demande croissante de soins chroniques liés au vieillissement de la population et réorganiser la médecine de premier recours pour qu’elle puisse répondre à cette demande. Peut-on se passer de la télémédecine pour y parvenir ? Nous ne le pensons pas pour au moins trois raisons.

La première raison est que les maladies chroniques ne se traitent pas comme les maladies aiguës. L’incapacité actuelle de la médecine de proximité à répondre à la demande de soins chroniques se traduit par une utilisation inappropriée et très couteuse depuis 10 ans des urgences hospitalières et de l’hospitalisation. Tous les rapports qui ont été réalisés sur ce sujet au cours des dernières années ont clairement montré que la dépense hospitalière évitable dans ce domaine allait de 7 à 14 milliards d’euros, selon les auteurs, sur les 72,9 milliards de la partie hospitalière de l’ONDAM (en 2011).

La deuxième raison est que la réorganisation de la médecine de premiers recours à travers les maisons de santé pluri-professionnelles, les centres de santé ou les pôles de santé ne pourra pas s’appuyer uniquement sur la pratique médicale individuelle du modèle de la prise en charge d’une maladie aiguë guérissable. Une maladie chronique nécessite la coopération entre les professionnels de santé médicaux et non médicaux pour une prise en charge de la personne malade dans sa globalité. Les professionnels des futures structures de premier recours auront besoin de définir un projet médical commun, notamment pour assurer une continuité des soins au domicile ou dans les substituts (EHPAD, maison de retraite). La maladie chronique n’étant pas une maladie guérissable, la charge de soins reste permanente 24h/24, 7jours/7 et nécessite de nouvelles organisations professionnelles si on veut maintenir ces personnes malades à domicile, ce que le plus souvent elles demandent.
Cette continuité des soins au domicile ne peut reposer que sur une organisation où les professionnels de santé (médecin, pharmacien, infirmier, kinésithérapeute, etc..) coopèrent entre eux sur la base d’un parcours de soins bien identifié et accepté de tous : personnes malades et leur famille, l’ensemble des professionnels de santé impliqués dans ce parcours de soins.

La troisième raison est qu’une telle organisation adaptée à la prise en charge d’une maladie chronique ne peut se réaliser sans l’aide des technologies de l’information et de la communication. La nécessité d’un système d’information permettant d’améliorer la coordination des soins entre les différents acteurs de soins est d’une évidence. Le dossier médical partagé et personnel (DMP) a cette mission. Il ne pourra se déployer que lorsque les professionnels de santé et les patients atteints de maladie(s) chronique(s) auront abandonné le modèle de prise en charge d’une maladie aiguë. Il pourrait être regrettable que les attaques injustifiées dont fait l’objet aujourd’hui le DMP conduisent à retarder encore davantage son déploiement. La pratique de la télémédecine en médecine de premier recours nécessite un DMP. La télémédecine n’est que l’usage des technologies de l’information et de la communication par les professionnels de santé pour un acte médical à distance (définition donnée dans l’article 78 de la loi HPST), que cet acte soit directement réalisé par un médecin (téléconsultation, téléexpertise) ou délégué par le médecin à un professionnel de santé dans le cadre de la coopération définie dans l’article 51 de HPST afin d’accomplir  des actes de télésurveillance médicale ou de téléassistance médicale. La continuité des soins à domicile dans le cadre d’une maladie chronique nécessite la mise en place d’une télésurveillance médicale qui sera assurée par les structures de médecine de premier recours. La communication régulière entre le médecin de premier recours et le médecin spécialiste est nécessaire et sera aussi facilitée par la télémédecine (téléexpertise).  C’est le nouveau contenu « métier » qu’il faut offrir à la nouvelle génération de médecins généralistes, d’infirmiers, de pharmaciens et autres professionnels pour que la médecine de premier recours redevienne attractive. C’est ce contenu « métier », structuré par la télémédecine et reposant sur la coopération entre professionnels de santé qui permettra l’éclosion du nouveau modèle de prise en charge à domicile, ou dans les substituts, des patients atteints de maladies chroniques du vieillissement. La télémédecine ne se substitue pas au contact entre le médecin et son patient en face à face. Elle vient le compléter. Il faut aujourd’hui accepter que la continuité des soins pour ces patients relève avant tout d’une prise en charge pluri-professionnelle. Le médecin traitant de premier recours devient, dans ce modèle, le coordinateur des soins et la télémédecine, avec le DMP, un levier puissant d’optimisation de cette coordination.

 

Dr Pierre Simon

Président de l’Association Nationale de Télémédecine

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