Les GHT, fusion ou fédération ?
Si l’on m’avait posé cette question il y a ne serait-ce que six mois, j’aurais affirmé sans sourciller que la fusion était le sens de l’histoire, et que nulle part on ne constate, quel que soit le secteur concerné, n entités juridiques faisant peu ou prou le même métier sur un territoire de quelques dizaines de kilomètres carrés n’ayant entamé aucune fusion ou regroupement a minima des fonctions supports.
Prenons l’exemple des achats : puisqu’ils ne rentrent pas dans mon périmètre, je n’ai donc aucun intérêt à prendre position pour telle ou telle solution. Dès 2005, les 52 plus grands hôpitaux français se sont regroupés pour mutualiser les marchés, avec deux objectifs en ligne de mire : primo, faire baisser les prix par la massification des achats et, secundo, économiser des ETP internes. Sur ce second point, il y avait à l’époque, sur le périmètre concerné, 1 000 gugusses qui refaisaient chacun dans leur coin ce qu’un autre gugusse avait certainement fait à l’identique 100 kilomètres plus loin : passation d’un marché de PC, de licences, renouvellement d’un firewall, etc. Je ne sais pas ce que cela a donné sur la baisse des prix (pas fous, certains fournisseurs ont clairement adapté leur politique de licences), mais côté ETP économisés, je me souviens du collègue qui suait à passer des marchés de PC dans mon CHU d’alors. Celui-là, croyez-moi, il ne reviendrait en arrière pour rien au monde.
Mais si ces 52 établissements se sont appuyés sur un marché national, ils ont tout de même gardé en interne des cellules marché, car il faut bien passer les commandes, réceptionner les produits, etc. Je ne pense pas que le modèle avec une cellule marché nationale à la soviétique aurait fonctionné : trop lourd, trop lent, trop tout. On le voit, certains processus sont candidats à la centralisation, mais d’autres pas.
Quid de l’échelon d’en dessous, le GHT ? Supposons que l’établissement support soit adhérent du marché national et pas les établissements périphériques. Pas besoin d’être bac+18 pour deviner que les établissements périphériques doivent adhérer au marché national : massification plus plus, économie d’ETP internes de passation des procédures, etc. Mais après ? Est-ce que l’on va pousser la centralisation jusqu’à laisser à l’établissement support le soin et la responsabilité de la gestion des marchés de toutes les autres structures ? Pourquoi pas, mais il va falloir résoudre deux questions : quid des ETP économisés dans les établissements périphériques, et des ETP supplémentaires nécessaires dans l’établissement support. Si quelqu’un a vu, ne serait-ce qu’une seule fois dans le monde de la santé, une réversion des ETP économisés qui n’ait pas tourné au jeu de bonneteau pour l’une ou l’autre des parties, surtout qu’il me fasse signe, je lui envoie BFM TV pour un reportage in situ. Et surtout, quid de la réactivité : je ne doute pas que certains décideurs ne soient pas opposés, par principe, à une centralisation d’une fonction support, mais si c’est pour attendre les livraisons de commande jusqu’à la saint-glinglin, ça va vite tourner à l’empoignade. Où faut-il positionner le curseur entre ce qui relève du groupe (l’État fédéral) et ce qui relève des satellites (les États) ?
Par hasard, je me suis retrouvé cette semaine à discuter avec des confrères issus d’entreprises du CAC 40. Je tairai leurs noms, mais il y avait là un laboratoire pharmaceutique, une entreprise de transport, un conglomérat officiant dans le multimédia, une entreprise de R&D mondiale et une dernière opérant dans le secteur de la défense. Pour ce qui concerne le laboratoire, mon interlocuteur m’a dit que, dans certains domaines de la recherche pharmaceutique, plus aucun labo au monde ne pouvait entamer seul un projet de découverte d’une nouvelle molécule. Non que le ticket financier soit hors de portée des plus gros, mais parce que la connaissance technique est tellement large qu’aucune entreprise ne la maîtrise seule. Le domaine des laboratoires pharmaceutiques est l’un de ceux qui sont en train d’implémenter, de facto, le concept d’entreprise étendue ou de systèmes productifs locaux. En l’occurrence, il s’agit de groupements d’entreprises qui fonctionnent sur un modèle fédéral égalitaire, chacun prenant une partie du boulot dans un projet trop grand pour être mené seul.
Je ne doute pas que certaines personnes ont des idées bien plus avancées que les miennes sur le sujet GHT, je suis très curieux et attentif de voir ce que cela va donner. Autant il est facile de mutualiser la production des plateaux-repas (dont le coût, selon la base d’Angers, est d’ailleurs très facile à calculer), autant c’est une autre paire de manches pour les fonctions à valeur ajoutée complexe (point sur lequel la base d’Angers échoue par ailleurs). Le mot « convergence » est d’une délicieuse ambiguïté, non ?
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