Certification hébergement données de santé : un nouveau modèle pour les infogéreurs

08 déc. 2017 - 10:07,
Tribune - Par Christophe Jodry, Claranet e-Santé
En 2018, le processus d’agrément des hébergeurs de données de santé va évoluer vers une certification basée sur les normes ISO. Ce passage d’un agrément basé sur un dossier déclaratif, à une certification basée sur un audit sur site, va bouleverser la manière de travailler d’un certain nombre d’HADS (Hébergeurs Agréés de Données de Santé). Une partie d’entre eux vont voir leur métier modifié au-delà de ce changement de procédure.

Une certification et un audit pour répondre aux limites de l’agrément

Le modèle actuel d'agrément est en fin de vie. Pour encore quelques mois, sur les bases d'une déclaration, l'hébergeur candidat exprime toute sa bonne foi dans un énorme dossier remis à l’ASIP. Le candidat ne fait l’objet d’aucun audit de la part des autorités.

L'exercice consiste donc à être cohérent et crédible face aux règles énoncées par le Ministère de la santé. Et pour certains, parfois ne pas réaliser complétement ce qui a été écrit… Nous comprenons très vite les limites d'un tel système, notamment en termes de sécurité numérique.

Le modèle de certification désormais proposé par la DSSIS (Délégation à la Stratégie des Systèmes d’Information de Santé) et l'ASIP Santé cherche à accroître la confiance envers les hébergeurs, en instaurant un audit sur site réalisé par un tiers indépendant. Et ceci aux frais de l'hébergeur.

De ce fait, le ticket d'entrée de la certification sera bien plus élevé que ne l’était celui de l'agrément, avec pour conséquence une redistribution des cartes chez les actuels hébergeurs déjà agréés.

Le paradigme du contrôle de l’application

La réalisation d’un audit n'est pas le seul changement notable. Un autre paradigme change avec la certification : le contrôle de l'application.

Dans le modèle actuel, les hébergeurs se sont attribués le contrôle de l'applicatif de leur client, remplissant un vide juridique laissé par le décret instaurant l'agrément en 2010. Cette philosophie, portée par les hébergeurs historiques, a permis de protéger ces derniers des grands cloud providers, en construisant un modèle franco-français d'hébergement de données de santé. L'intention était louable - protéger la donnée de santé du citoyen français - mais a eu d’autres conséquences.

Ce modèle n’a pas démontré sa capacité à porter l’investissement massif permettant l’éclosion de plateformes d’IoT, de deep learning ou encore de big data. En ralentissant l'accès à l'agrément aux très grands fournisseurs IaaS et Cloud, le modèle a peut-être freiné l'innovation nécessaire dans la santé.

La certification change-t-elle la donne ?

En analysant la dernière version de travail, nous pouvons penser que oui. En retirant le contrôle de l'applicatif aux hébergeurs et en proposant un système à deux étages, un certificat hébergeur d'infrastructure physique et un certificat d'infogéreur, les autorités publiques obligent ou autorisent, selon les points de vue, les hébergeurs à une transformation de leur métier.

Ce schéma de l’ASIP Santé présente les composantes des deux certifications à venir : 

Schema_hebergeur_donnees_sante_ASIP

Rien n'empêche l’infogéreur d'opérer ses propres infrastructures. Dans ce cas de figure, il est titulaire des deux certificats. Cela peut être un bon modèle pour l'univers hospitalier par exemple.

Mais la certification l’autorise aussi à opérer des plateformes fournies par les grands fournisseurs de cloud et de IaaS. A sa charge dans ce cas-là de :

  • Assurer le maintien en condition opérationnelle, la sécurité et la conformité.
  • Proposer une couche de service innovante et complémentaire en adéquation avec le besoin terrain.
  • Trouver le ou les bons partenaires respectueux de la législation en vigueur mais capable d'apporter cette force de frappe manquant cruellement à la santé française.

L'innovation cumulée entre les infogéreurs et les fournisseurs IaaS et Cloud Public pourraient permettre le développement de grands projets de santé et de recherche.

Des incertitudes demeurent

Toutefois, si les autorités publiques françaises ont retiré aux hébergeurs ce rôle de radar automatique de l'applicatif de leur client (ce qui règle quelques douloureux problèmes d'éthique, avouons-le), il est à regretter que rien ne fut pensé pour le remplacer. Et pourtant, la règle qui veut que 80% des attaques aient lieu sur l'applicatif (et non sur l'infrastructure) est toujours une réalité.

Il est donc important que les autorités publiques montent le troisième étage du dispositif, qui voudrait qu'un organisme tiers de confiance et indépendant contrôle l'application traitant de la donnée de santé.

De même, le positionnement des autorités publiques sur l'obligation des GHT à se certifier HDS doit être confirmé. En effet le décloisonnement ville-hôpital devient désormais une stratégie nationale avec pour conséquence, une ouverture croissante des SI hospitaliers. Des établissements support sont désignés pour porter le projet informatique pour tous leurs voisins. Il est donc plus que temps de se questionner sur l’encadrement des données de santé des GHT, dans le même format et avec les mêmes règles que chez un hébergeur de données certifié.

Infogéreur santé : un métier d’avenir

Pour conclure, l’infogéreur en santé n’exerce plus de contrôle sur l'application de ses clients. Il garde un devoir d’information et d’alerte et s’il en est capable, les accompagne dans une démarche vertueuse de sécurisation. Et désormais, il autorise, facilite et contrôle l'accès à des services de IaaS et de cloud innovants, en phase avec le besoin de la santé en France.

L'auteur 

Christophe Jodry, Directeur de l’Offre e-Santé, Claranet e-Santé

Avez-vous apprécié ce contenu ?

A lire également.

Illustration Imprivata lance Agentic Identity Management pour sécuriser et gouverner les agents IA dans le secteur de la santé

Imprivata lance Agentic Identity Management pour sécuriser et gouverner les agents IA dans le secteur de la santé

11 mars 2026 - 09:52,

Communiqué

- Imprivata

Imprivata, fournisseur leader de solutions de gestion des identités et des accès pour le secteur de la santé et les industries critiques, vient de dévoiler Agentic Identity Management, de nouvelles capacités conçues pour sécuriser et gouverner les agents IA dans les environnements de soins de santé ...

Illustration Un projet de guide sur l’IA en santé soumis à consultation par la HAS et la CNIL

Un projet de guide sur l’IA en santé soumis à consultation par la HAS et la CNIL

09 mars 2026 - 09:23,

Actualité

- Rédaction, DSIH

Issu d’un travail pluridisciplinaire, le projet de guide intitulé « IA en contexte de soins » vise à apporter des éclairages aux professionnels de santé concernant leurs obligations et les bonnes pratiques à adopter. Le document est soumis à consultation publique jusqu’au 16 avril 2026.

La cyber, les bras et le chocolat

09 mars 2026 - 09:00,

Tribune

-
Cédric Cartau

S’il est un truc dont l’écosystème cyber ne manque pas (l’écosystème IT aussi, du reste), ce sont les consultants encravatés qui vous expliquent, avec force schémas bien léchés et PowerPoint tout enluminés, qu’il faut aborder la cyber par là, puis par là, avec moult comités Théodule et méthodes perl...

Illustration Analyses d'impact RGPD et AI Act, obligations respectives et liens

Analyses d'impact RGPD et AI Act, obligations respectives et liens

03 mars 2026 - 07:57,

Tribune

-
Marguerite Brac de La Perrière

Parmi les obligations du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), l'analyse d'impact relative à la protection des données apparaît centrale et également parfois complexe à mettre en œuvre. L'AI Act requiert la réalisation d'une analyse d'impact des systèmes d'IA à haut risque sur les...

Lettre d'information.

Ne manquez rien de la e-santé et des systèmes d’informations hospitaliers !

Inscrivez-vous à notre lettre d’information hebdomadaire.