Au fait, c’est quoi une DSI ?
Un petit voyage dans le passé, et vous voilà propulsé au Moyen Âge, sur le chantier de construction d’une cathédrale. Là, vous croisez trois tailleurs de pierre, installés les uns à côté des autres à taper sur leur bloc de granite, et vous demandez à chacun ce qu’il fait. Le premier vous répond qu’il casse des cailloux toute la journée en plein soleil et que c’est épuisant. Le deuxième vous répond qu’il taille un bloc de pierre qui servira à construire le mur juste en face de lui. Le troisième quant à lui vous répond : « Moi monsieur, je construis une cathédrale. » Déroulement de la même approche pour une DSI.
Posée à une direction générale, la question appelle trois types de réponse[1]. La DSI peut être vue comme le service qui installe les PC et les logiciels, et alors la vision institutionnelle est celle d’une DSI « Fnac », forcément vue comme un centre de coûts et un mal nécessaire, ou pire, vécue comme inutile. La DSI peut être au contraire vue comme le service qui informatise les processus métier : à ce stade on est un peu plus haut de gamme, mais on reste dans une vision centre de coûts. Enfin la DSI peut être vue comme le service qui fait réaliser des gains de productivité aux métiers, et à ce stade évolué tout débat sur le budget à affecter à une DSI ne se pose pas hors du contexte ROI. Dans mon expérience, forcément limitée, peu de DG sont au troisième stade, comme le démontrent les débats internes sur les budgets SI, qui sont la plupart du temps décorrélés de la question du ROI, ce qui est une anomalie grave.
Mais posée aux informaticiens eux-mêmes, la question appelle des réponses qui donnent à réfléchir. Dans beaucoup de cas, les informaticiens (ou leur chef, c’est selon) ont une vision technico-centrée de leur métier : installer des logiciels, déployer des PC, etc. Le travers le plus fréquent est de croire que la technique est au centre de tout le débat. J’ai croisé un jour un technicien système qui soutenait, devant moi, à un directeur, qu’il n’y avait pas d’accès Internet au CHU : lui montrant mon PC et mon Google dans mon navigateur, je lui dis : « Et ça, n’est-ce pas un accès Internet ? » Il me rétorqua que je passais par un proxy et que je jouais sur les mots. Vision technique dans l’informatique, alors que l’utilisateur n’en a que faire des histoires de proxy. Seul compte l’usage – donc la valeur ajoutée apportée par l’outil –, et c’est là la deuxième vision technique d’une DSI, apporter de la valeur aux métiers. Pas mal de DSI sont à ce stade, trop peu à mon goût pourtant. Et puis il y a la dernière vision, celle d’une direction orientée service et production d’énergie numérique, implémentant les notions de front office et de back office, et parlant industriel dans le texte : processus de production, goulots d’étranglement dans la chaîne de production de l’énergie numérique, lean management appliqué à l’IT, théorie des contraintes, etc.
Les informaticiens se plaignent souvent, à qui veut les entendre, que les décideurs ne comprennent rien à la chose informatique. Étrange argument, peu développé dans d’autres spécialités techniques telles que le BTP, la mécanique, la logistique, etc. Dans toutes les DSI que j’ai pu côtoyer, l’excellence technique au sein d’une DSI est l’alpha et l’oméga de l’appréciation des pairs : être ingénieur système spécialiste Unix vous place d’emblée au sommet de la chaîne alimentaire. Dans une vision orientée technique, ce sont les équipes au contact de l’utilisateur (celui qui paye de facto) qui doivent avoir le pouvoir, car ce sont eux qui sont les seuls à même de qualifier la valeur apportée par le SI, les gaspillages générés ou évités (vision lean) et les dérapages de plannings projets (en particulier leurs impacts sur les métiers, vision contraintes).
En d’autres termes, ces DSI n’ont pas fait leur révolution copernicienne : elles croient toujours que le monde tourne autour de la technique, alors que c’est la technique qui doit tourner autour du monde.
[1] Alignement stratégique. ,Synchroniser les systèmes d’information avec les trajectoires et manœuvres des entreprises, Éric Fimbel, Village mondial, 2007.
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