A telle enseigne que la HAS et l’ANACT (1) se sont mobilisées, il y a 4 ans, dans l’objectif d’intégrer la qualité de vie au travail parmi les critères de certification des établissements. Les deux organisations publient aujourd’hui les résultats de ces travaux (2).
Les risques d’épuisement professionnel sont maintenant mieux connus et reconnus pour ce qui concerne les médecins et les soignants. Certaines organisations de médecins vont jusqu’à évaluer que la menace concerne un professionnel sur deux et l’UFML (3) a organisé le 18 février dernier un « jour noir » pour alerter les pouvoirs publics.
Dans une Lettre ouverte à Marisol Touraine, c’est un Responsable sécurité du système d’information qui lance aujourd’hui l’alerte afin que l’attention se porte aussi sur les autres catégories de personnels. De par sa fonction, Hervé Clément a été conduit à analyser les risques liés au SI et au mésusage des outils informatiques ; il craint que le déficit actuel d’accompagnement au changement n’aggrave les risques psycho-sociaux et par conséquent les risques pour les patients.
En publiant cette lettre, DSIH salue le courage de ce professionnel qui témoigne ouvertement de son burn-out.
Votre magazine vous invite à contribuer par vos propres témoignages en écrivant à
(1) Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail
(2)
(3) Union française pour une médecine libre
Lettre ouverte à Madame la ministre des Affaires Sociales et de la Santé
Saint-Nazaire, le 12 mai 2014
Je m’appelle Hervé CLEMENT, j’ai 58 ans, je travaille au Centre Hospitalier de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) depuis le 1er mai 1985. J’y ai été recruté en tant que responsable du service informatique.
Je suis actuellement en arrêt maladie pour une dépression sévère, rechute d’un burn-out dont j’ai été victime il y a 18 mois. Mon épouse, secrétaire médicale dans le même établissement, a fait, elle aussi, un burn-out il y a plus de 2 ans avec, également, une rechute cette année.
Je prends aujourd’hui l’initiative de cette lettre ouverte pour vous alerter sur le grand désarroi des agents hospitaliers et l’augmentation importante des risques psycho-sociaux dans la fonction publique hospitalière.
C’est à la suite d’un échange avec un responsable hospitalier qui me demandait si je percevais la montée d’un phénomène du type « France-Télécom / Orange » dans le monde hospitalier que j’ai décidé de vous écrire.
J’ai cru, pendant plusieurs mois, que mon cas personnel était lié au contexte du déménagement du centre hospitalier dans la Cité Sanitaire Georges Charpak de Saint-Nazaire. La charge de travail d’un tel projet est considérable et sa réussite un objectif prioritaire
Comme tous les agents du centre hospitalier, je m’y suis investi, jusqu’à l’épuisement. A mon retour, j’ai constaté que beaucoup de personnes me sollicitaient pour comprendre ce qui m’était arrivé. J’ai surtout perçu qu’elles s’interrogeaient sur leur propre situation.
Des médecins, des directeurs, des cadres, des personnels soignants, des personnels de toutes les catégories ont été frappés par ce syndrome d’épuisement professionnel.
Participant à des réunions régionales et nationales, j’ai témoigné de mon expérience à titre préventif. J’ai reçu en retour de nombreux appels de cadres informatiques, de toute la France, qui avaient vécu ou vivaient la même situation et me demandaient quels étaient les symptômes, sollicitaient des conseils, voire des remèdes !
J’ai alors pris conscience que la situation particulière que j’avais vécu n’était pas la seule cause de ma pathologie, que la Cité Sanitaire n’était pas le seul lieu de souffrance et que, dans beaucoup d’autres établissements, les personnels étaient aussi en danger.
Je sais maintenant que nous ne sommes pas, mon épouse et moi-même, des cas isolés.
Beaucoup de médecins libéraux sont eux aussi touchés et les média en témoignent régulièrement. Mais il y a peu d’informations sur ce qui se passe dans les établissements de santé, publics ou privés !!!
Un cadre de santé m’a dit récemment que nous étions passés de la « Communauté Hospitalière à l’Hôpital Entreprise » et que beaucoup de personnels, toutes catégories confondues, étaient décontenancés, découragés, perdus.
La succession des réformes, les impératifs budgétaires, les nouvelles technologies, les évolutions d’organisation, tout cela était certainement nécessaire sur le fond. La forme a très souvent été négligée, car il fallait rapidement des résultats, l’aspect humain a été relégué, voir abandonné, car il demande des investissements en formation pour accompagner tous ces changements.
Le syndrome « France Télécom / Orange » que j’évoquais précédemment a été vite repéré car ce type d’entreprise dispose d’une gestion des ressources humaines unique qui a perçu la montée du phénomène. Pour le domaine de la santé, c’est plus complexe du fait du grand nombre d’établissements. De plus, je le constate, c’est un sujet tabou, même au niveau local.
J’estime aujourd’hui qu’il est de mon devoir de citoyen d’alerter face au danger. Mes responsabilités actuelles, qui portent sur la sécurité du système d’information dans mon établissement, m’ont conduit à analyser les risques dans ce domaine. J’estime aujourd’hui que les risques psycho-sociaux sont majeurs et aggravent le risque pour le patient, par leurs conséquences sur les conditions de travail des agents et par le mésusage des outils informatiques.
En presque trente années de fonction publique hospitalière j’ai pu voir l’évolution des métiers, des pratiques, des outils, des organisations. Mais j’ai aussi vu la dégradation du management, de la conduite du changement, de la formation - notamment aux nouvelles technologies. Non pas à cause des femmes et des hommes, mais du fait du manque de temps, de l’urgence de mettre en œuvre, de l’absence d’anticipation, du manque de moyens.
Pour moi, aujourd’hui, chaque jour est une épreuve. Et je pense que nul n’est à l’abri.
Je souhaite que vous preniez cet appel, cette alerte en considération car, vous le savez, les agents hospitaliers, publics et privés, sont dévoués à la prise en charge des patients, à chaque heure du jour et de la nuit.
Avec mes très sincères salutations,
Hervé CLEMENT
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