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Obsolescence du SI, pas si simple à définir – Partie II

04 juin 2019 - 10:42,
Tribune - Cédric Cartau
Dans un premier volet[1], nous nous sommes attaqués à la définition de l’obsolescence des composants d’un SI, et le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas trivial. Classiquement, on retrouve le découpage classique : équipement terminal (PC, tablettes, téléphones) versus équipements « lourds » (serveurs, PABX) ; logiciels versus matériel. Et les règles ne sont pas forcément les mêmes partout.  

Il serait possible de dérouler le raisonnement suivant avec les PC, mais c’est plus parlant avec les équipements d’interconnexion réseau, qu’il s’agisse des cœurs de réseau ou des switches (étage, bâtiment, etc.) : en substance, tant que l’équipement « fait le boulot » et que l’on peut dormir sur nos deux oreilles, c’est qu’il n’est pas obsolète. Dit autrement, même si un switch n’est plus fabriqué par le constructeur, mais que son firmware est maintenu, qu’il y a du spare et qu’il tient la charge, pas de souci à se faire. Vous conviendrez que même s’il approche de son MTBF, dans de telles conditions, tant qu’on en a en stock, pas de problème (c’est hypothétique bien entendu, les chiffres de MTBF annoncés par Cisco sur certains de ses produits frôlent les 500 000 heures, soit plus de 50 années de fonctionnement : on a donc de la marge).

En fait, il est possible de retenir une définition archi simple pour caractériser l’obsolescence d’un équipement : c’est son incapacité à faire face au changement. Compte tenu des critères retenus, il en ressort :

  • Capacité en charge : incapacité de l’équipement à faire face à un surcroît de charge conséquent (20 %, par exemple) du fait d’un nouveau déploiement ;
  • Maintenance hard : plus de spare, plus de pièces détachées en cas de panne physique ;
  • Maintenance soft : plus de mise à jour constructeur/éditeur, à la suite d’une faille de sécurité majeure, par exemple ;

Autrement dit, à l’atteinte du premier des termes ci-dessus, l’équipement peut être considéré comme obsolète. Ou, par extension, dès que l’on sait que le terme va être rapidement atteint. 

L’impact de cette définition n’est pas le même en fonction de la typologie des équipements. Voici une ébauche d’analyse sur leur durée de vie, qui ne doit être prise que comme un canevas tant les contre-exemples foisonnent :

–      PC : entre quatre et cinq ans. Au-delà, ne tiennent plus la charge ;

–      Téléphones classiques, Dect, GSM : trois ans, avec un taux élevé de perte/casse/vol ;

–      Tablettes : trois ans. Obsolescence logicielle rapide ;

–      Serveurs physiques : de cinq à six ans. Au-delà, ne tiennent plus la charge ;

–      Switches : de sept à dix ans. Pannes matérielles au-delà ;

–      Cœurs de réseau : de cinq à six ans. Au-delà, ne tiennent plus la charge ou problèmes de mise à jour de firmware ;

–      Bornes wifi : cinq ans. Évolutions logicielles rapides ;

–      Logiciels côté utilisateur : cinq ans, voire dix ans pour des progiciels métiers ;

–      Logiciels middlewares côté infrastructure : de trois à cinq ans en fonction du domaine.

À noter deux secteurs particuliers : les infrastructures de sauvegarde (dont la durée de vie excède rarement trois ou quatre ans dans les grosses infrastructures du fait de l’atteinte rapide de la limite de la fenêtre de sauvegarde, des volumétries ou des temps de restauration), et les pare-feu avec toute la tuyauterie qui s’ensuit (dont la durée de vie excède rarement cinq ans du fait de l’inventivité des pirates et autres malfaisants dans ce secteur).

À partir de là, avec un beau tableur et un peu d’huile de coude, matérialiser le niveau d’obsolescence par grand domaine n’est pas difficile. Pas plus, du reste, que de calculer le temps pour remettre à niveau et s’y maintenir ainsi que les budgets en conséquence. Les DSI à qui j’ai posé cette question se lamentent souvent sur l’obsolescence de leur infrastructure, la plupart du temps à juste titre. Mais ce n’est pas le pire : le pire, c’est quand ils ne sont pas capables de l’estimer juste sur un sous-ensemble de leurs actifs : ce que l’on ne sait même pas évaluer est souvent pire que ce que l’on connaît. 

Terminons en tordant le cou à une idée reçue particulièrement pernicieuse : la classe d’actifs dans laquelle on peut ranger un PC, au sens comptable du terme. Acheter un PC revient, comptablement parlant, à faire un investissement – tout du moins si l’on n’est pas en leasingcomme pour les voitures. Mais en fait, c’est faux : quand un DSI pose un PC sur une table, il ne l’enlèvera plus jamais jusqu’au moment où, cinq ans plus tard (ou au bout de la durée de renouvellement que la DSI a fixée), il faudra le changer. En d’autres termes, poser un PC sur le bureau d’un utilisateur, c’est se générer un coût d’exploitation de 1/n x prix du PC, et ce tous les ans jusqu’au déluge. Utiliser les ressources (RH ou financières), initialement prévues pour renouveler les équipements, afin de déployer de nouveaux PC ne revient pas à faire des économies, mais à décaler la dette dans le temps et dans l’espace : dans le temps, parce que la dette est reportée aux suivants ; dans l’espace, parce que la conséquence d’un parc qui vieillit, c’est plus de pannes, des lenteurs exaspérantes, et ce sont les utilisateurs qui en font les frais. Utiliser le budget mis de côté afin de changer le lave-linge, et ce pour acheter un bel écran plat tout beau pour la chambre parentale, c’est admettre l’hypothèse de devoir retourner au lavoir pour laver ses caleçons.


[1] /article/3391/obsolescence-du-si-pas-si-simple-a-definir-partie-i.html

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