Blockchain : là, je ne vois vraiment pas
Les contraintes de place m’empêchent de rappeler le fonctionnement de ce dispositif, mais le lecteur trouvera ici[1] un rappel des principes. Le site en question note l’engouement général pour cette technologie, pour laquelle pas moins de 1 600 articles auraient été consacrés dans la presse ces derniers mois. Dans le monde de la santé également, plusieurs publications (ici[2], là[3] ou dans l’excellent article du Dr Cécile Monteil du numéro 18 de DSIH), mais qui tournent toutes plus ou moins autour de trois exemples : la traçabilité de l’accès aux données de recherche clinique, la traçabilité d’accès au DMP (pour autant que ce grand machin ne meure pas avant la fin de l’année) et la traçabilité des médicaments.
Et c’est bien là que je bloque, car la technologie de Blockchain offre des caractéristiques (intégrité garantie des transactions par décentralisation du calcul des preuves numériques et journal public des transactions) qui ne répondent tout simplement à aucun besoin du domaine. Prenons un exemple : dans le domaine du Bitcoin, les transactions (qui achète et qui vend) sont publiques et les traces de ces transactions (le journal) aussi. Dans le domaine de la santé, la donnée est par nature confidentielle, et à ma connaissance il n’existe aucun texte qui impose de rendre publique l’information selon laquelle le médecin X a consulté le dossier médical du patient Y (le DMP pose des contraintes additionnelles sur ce sujet, qui vont au-delà des contraintes des DPI locaux, mais sans aller jusqu’à l’absence totale de confidentialité des traces d’accès).
Dans le domaine de la recherche médicale, lorsque l’on pratique un tant soit peu les protocoles de recherche clinique imposés par les textes et les laboratoires, on sait que la constitution des cohortes, le recueil du consentement des patients, etc. obéissent à des contraintes qui sont tout simplement hors champ des technologies de Blockchain. À titre d’exemple d’ailleurs, la dernière affaire sur ce sujet (décès de patients dans un organisme privé de recherche, affaire en cours d’instruction à ce jour) n’aurait d’ailleurs absolument pas été évitée par ces technologies.
Dans le domaine du médicament, c’est encore plus flagrant : non seulement les contraintes de traçabilité existantes sont parfaitement satisfaites par les systèmes actuels (rappelons tout de même que le monde de l’industrie automobile gère la traçabilité des composants des véhicules depuis plus de 20 ans sans Blockchain et que cela fonctionne très bien), mais – pire encore – de tous les scandales sanitaires en France depuis 30 ans (sang contaminé, amiante, prothèses PIP, Mediator, etc.), aucun, absolument aucun, n’aurait été évité par la mise en place d’une technologie de Blockchain, tout simplement car la fraude a presque toujours été déclenchée avant l’entrée dans le système de traçabilité du composant (prothèses PIP) ou a été commise en toute connaissance de cause (sang contaminé).
Non, là vraiment, les Blockchains je ne vois pas. Cela étant, les travaux avancent, et il ne faut pas rester figé sur une seule position, et même si pour l’instant on ne voit pas trop les use cases, je suis tout à fait prêt à changer d’avis…
[1] https://blockchainfrance.net/decouvrir-la-blockchain/c-est-quoi-la-blockchain/
[2] https://blockchainfrance.net/2015/09/28/blockchain_sante/
[3] http://www.huffingtonpost.fr/david-manset/big-data-sante-blockchain/?utm_hp_ref=fr
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