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L’Etat et les « big five » : le divorce !
Derrière le terme « big five » se cache finalement un ensemble de grosses sociétés qui accompagnent tant les grandes entreprises que les gouvernements et leurs ministères, et dont les principaux acteurs sont : McKinsey, BearingPoint, Deloitte, EY (Ernst&Young), Accenture (anciennement Andersen Consulting), Cap Gemini (qui a acquis l’activité conseil d’EY en 2000, devenant CGEY), Pricewaterhouse Coopers (PWC), Mazars, KPMG, Roland Berger, Boston Consulting Group…
Derrière les scandales Wirecard, impliquant EY, KPMG et PWC (1)(2), le scandale William Saurin, impliquant Mazars et PWC (3), l’affaire Isabel Dos Santos et des Luanda Leaks, mettant en cause KPMG, Deloitte, et encore PWC (4), puis les commissions d’enquêtes françaises sur les troublantes relations entre McKinsey, l’Etat et de grands ministères (5), se dessinent de multiples arcanes complexes mêlant conflits d’intérêts, fraudes, trucages de comptes, accompagnement à l’évasion fiscale, surfacturation, porosité entre le service public et les cabinets précités, difficultés à apporter les preuves tangibles des travaux réalisés. L’audition du dirigeant de McKinsey France au Sénat en est un exemple déroutant (6). Dernier exemple en date, la mission de 500 000 € confiée à McKinsey par le Ministère de l’éducation nationale pour l'organisation d'un "séminaire" pour "réfléchir aux grandes tendances des évolutions du secteur de l'enseignement", qui donne lieu à une nouvelle enquête parlementaire, où la recherche des résultats et des livrables semble poser problème… Chaque année, hors informatique, le montant des prestations facturées par les grands cabinets à l’Etat s'élève en moyenne à 140 millions d'euros.
En 2022, et dans le cadre du débat relancé sur notre souveraineté nationale, ne serait-il pas temps de se poser les bonnes questions ? A savoir : pourquoi l’Etat a-t-il tant besoin de conseils stratégiques ? N’avons-nous donc pas, au sein de nos Ministères, les ressources adaptées à la réflexion et au pilotage stratégique des missions régaliennes ? Et si elles venaient à manquer, en particulier sur des thématiques très particulières, comme par exemple les technologies numériques, qui évoluent très vite, pourquoi ne pas privilégier les entreprises françaises ? Nos cabinets de conseils, de grande ou de moyenne taille, ne disposent-ils donc pas de ressources expertes, de compétences pointues qui seraient enjouées de travailler pour l’Etat ? Enfin, est-ce que le recours à des cabinets de conseil étrangers, en particulier américains, n’influence pas certaines décisions stratégiques, certains modèles économiques ou sociétaux qui devraient rester sous le contrôle de nos propres modèles théoriques ?
En ce qui concerne le secteur de la santé publique, et plus particulièrement celui de la e-santé, il existe de très belles entreprises françaises dont les compétences de fond (les techniques) et de de forme (la connaissances des métiers) sont parfaitement reconnues et validées par des milliers de missions réalisées au cœur des écosystèmes sanitaires, médico-sociaux et institutionnels. Il est temps de s’appuyer sur ce tissu national, vanté par les politiques de tous bords lorsqu’ils revendiquent l’excellence de la « french tech », qu’elle soit celle des start-up ou celle des cabinets d’experts nationaux !
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