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Emmanuel Mikulovic, l’ancien chercheur devenu DSI
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Son master d’informatique en poche, il rejoint en 2000 l’hôpital de Nantua comme ingénieur système et réseau. L’informatique hospitalière y est alors embryonnaire : peu d’équipements et une informatisation limitée à l’administratif. Il contribue à y créer un service informatique et à poser les premières briques cliniques.
Dans les années qui suivent, il accompagne l’informatisation de nombreux services au Centre hospitalier du Haut-Bugey à Oyonnax, dans l’Ain toujours : radiologie, bloc opératoire, chimiothérapie, circuit du médicament… Il pilote plusieurs projets de dossier patient informatisé et engage un travail à l’échelle du GHT peu avant son départ, fin 2019. Il rejoint le Centre hospitalier Annecy-Genevois en 2020, quelques semaines avant le confinement. À charge pour lui de relancer un projet de DPI en pause depuis plusieurs années. L’occasion aussi de jeter un œil dans le rétroviseur. Tout a été très vite. Deux décennies ont suffi à redessiner la cartographie informatique des établissements de santé : applications métiers, interconnexions, données en flux… Résultat, à Annecy, une équipe de 45 personnes, 3 800 ordinateurs, 500 serveurs et 150 applications à maintenir. « On est passé d’un fonctionnement artisanal à une logique de pilotage industriel », résume-t-il.
Ce changement d’échelle le stimule, même s’il n’aime pas parler d’industrialisation. « C’est un enrichissement permanent. Il faut suivre, s’adapter, découvrir, tester. Je ne pensais pas qu’en 15 ou 20 ans, on irait aussi loin avec l’informatique à l’hôpital. Et je n’en vois pas encore la limite », observe-t-il. Un engagement qui trouve un écho dans son rôle de copilote du Collège des DSI d’Auvergne-Rhône-Alpes, un groupe d’une cinquantaine de responsables informatiques hospitaliers qui se réunit trois fois par an pour échanger entre pairs et avec les institutions nationales sur les enjeux du numérique en santé.
Les DSI n’ont cessé de prendre du galon ; le temps où ils officiaient dans l’ombre est bien révolu. « Le système d’information est devenu stratégique », apprécie celui qui siège en comité de direction, échange régulièrement avec le directeur général et croit en la valeur du numérique pour l’hôpital. Et les chantiers ne manquent pas.
La prise en compte de la cybersécurité a aussi pris un tournant. « L’hôpital a toujours été un espace ouvert. Cela vaut pour les bâtiments comme pour les systèmes d’information. On a interconnecté services et applications, souvent sans penser à se protéger suffisamment. Aujourd’hui, les hôpitaux sont devenus des cibles, et on n’a pas encore bâti les structures adaptées », constate-t-il en pointant un empilement d’outils sans méthode consolidée. Les financements publics – notamment avec le programme Care – permettent d’équiper, mais la réflexion sur l’organisation, la supervision, les moyens humains reste à structurer : « Ce n’est pas parce qu’on embauche dix personnes en cybersécurité qu’on sait exactement quoi leur faire faire. Il faut d’abord penser l’organisation. »
Les données représentent un autre levier. « L’hôpital génère désormais d’importants volumes de données peu exploitées. Le pilotage des établissements passera par une valorisation fine et ciblée des données produites au quotidien. C’est un virage à prendre », assure-t-il. Sur l’intelligence artificielle, il appelle à la prudence. « Les industriels proposent beaucoup. Mais l’IA repose sur des données de soins. Il faut des garde-fous. » Il souligne aussi des temporalités asynchrones entre cycles d’innovation, très rapides, et démarches d’évaluation, souvent trop lentes : « Le temps de monter le projet d’évaluation d’une IA, la solution est déjà en production ailleurs. »
Il insiste enfin sur deux domaines sous-exploités. Le premier : la mobilité. « Le smartphone est omniprésent, mais les outils métiers ne sont pas prêts. On n’a pas encore trouvé le bon modèle. » Le second : l’accompagnement des équipes. « Les technologies changent vite. Il faut suivre, former, structurer, faire monter en compétence. »
À ses yeux, le DSI devient un ensemblier garant à la fois de la cohérence, de la sécurité et de la valeur des systèmes d’information. Que l’appellation change – DSI, DSN, DSIIA selon les établissements – importe peu. Ce qui compte, dit-il, « c’est la capacité à faire dialoguer les technologies, les métiers et les usages, dans un environnement en mutation permanente ». Chercheur dans l’âme, il se fait fort de trouver la bonne combinaison.
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