COVID-19 : les SI face à la crise – Christine Pichon - DSI CHU Rennes (2/2)
Hier(1), vous nous présentiez le plan d’adaptation du SI à la crise du Covid-19 en quatre volets, déployé au CHU de Rennes. Vous nous avez explicité les deux premiers volets : la régulation du SAMU et la gestion des urgences, ainsi que la mise en place du télétravail. En quoi consistent les deux autre volets ?
Le troisième volet concerne la télémédecine. Le chantier est piloté en binôme par le chef de projet médical, médecin référent pour la télémédecine au sein du CHU, et le responsable des applications du CHU. L’équipe projet constituée d’une dizaine de contributeurs travaille ardemment depuis une dizaine de jours, à raison d’un atelier de deux-trois heures chaque jour pour définir des modalités simplifiées mais robustes en vue de la généralisation de la télémédecine dans l’établissement. Plus de quarante services se sont déclarés volontaires pour utiliser cette technologie. L’assouplissement pour la mise en œuvre de la télémédecine le permet. Il est certain que cette crise va donner un coup d’accélérateur au développement de la télémédecine dans l’ensemble des établissements de santé de France.
Nous avons retravaillé notre process pour permettre des consultations non-programmées, avec un protocole simplifié qui n’obère pas la traçabilité de la téléconsultation. Le volet visiophonie est un élément crucial avec le besoin de salle d’attente virtuelle pour éviter l’arrivée d’un patient dans une consultation en cours. L’objectif étant de définir des modes de fonctionnement proches de ceux de WhatsApp mais sur un outil de visiophonie répondant aux critères fonctionnels et règlementaires de la santé numérique.
Quel est quatrième volet de votre plan SI pour répondre aux nouveaux enjeux posés par cette crise sanitaire ?
Le quatrième volet porte sur la télévisite pour maintenir un contact entre les patients et leurs proches, les visites dans l’établissement étant suspendues. Nous avons installé dans un premier temps un dispositif de « télévisite » en réanimation, dans notre EHPAD et notre unité de soins de longue durée.
Cette solution repose sur des PC mobiles avec solution de visio grand public. Pour l’EHPAD, les appareils sont confiés à un animateur, toutes les personnes âgées n’étant nécessairement à l’aise avec ces outils.
Toutefois, les PC mobiles ne sont pas la solution la plus ergonomique et facile d’utilisation pour un public hospitalisé. La gestion de compte de type Skype n’est pas non plus notre cible pour cet usage. Nous avons reçu de nombreuses demandes de tablettes mais nous souhaitons trouver une application facile d’emploi pour l’utilisateur, dénuée de charge d’administration ou de gestion de compte et qui n’apporte pas de surcharge aux équipes soignantes. Aujourd’hui, nous ne disposons pas de stock de tablettes et à l’instar d’autres CHU il est possible que nous bénéficions de dons, comme cela se développe sur le territoire national.
Est-ce que vous profitez des enseignements et remontées d’informations provenant du Grand Est et de la région Ile-de-France, en très forte tension ?
En lien avec les autres directions du CHU, nous suivons de près ce qui se passe dans ces régions, pour essayer d’anticiper la réorganisation des services afin d’élargir les capacités d’accueil de patients Covid-19. Nous en profitons pour rappeler la nécessité de ne pas oublier le volet SI dans le réaménagement d’une unité. Le système d’information étant le support des organisations tant médico-soignantes que logistiques, il faut s’assurer du bon accès aux dossiers patients, aux résultats de laboratoires, à la restauration, aux brancardages, etc.
Et la sécurité… ?
Cette dimension est essentielle dans cette période critique où l’on nous demande d’ouvrir davantage le SI. La DSI peut parfois paraître rigide dans ce qu’elle autorise et n’autorise pas, pour le télétravail par exemple. Nous avons mis en place un process avec des circuits de validation pour les télétravailleurs. Nous avons envoyé aux utilisateurs à l’hôpital et aux télétravailleurs la charte d’utilisation des moyens SI. Il est important de leur rappeler la nécessité de respecter les bonnes pratiques en matière d’utilisation des outils à des fins professionnelles.
Il faut trouver un bon compromis entre une ouverture plus grande du SI et les enjeux de sécurité. Des droits ont par exemple été un peu étendus dans les équipes médicales afin de permettre des réorganisations rapides des prises en charges dans les services en rappelant toutefois que les dossiers médicaux peuvent être audités.
La gestion des droits constitue un très gros sujet pour nous, surtout que nous allons avoir des renforts externes qui vont arriver dans les services. Il va falloir s’assurer qu’il y ait un minimum d’informations entrées dans un système afin de ne pas ouvrir des droits sans vérification de l’identité de la personne qui se connecte.
Les hackers ne sont pas en vacances… Nous surveillons de très près nos serveurs et notre infrastructure.
(1) Lire l'entretien portant sur le plan d’adaptation du SI à la crise du Covid-19 au CHU de Rennes en quatre volets : /article/3700/covid-19-les-si-face-a-la-crise-christine-pichon-dsi-chu-rennes-1-2.html
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