Publicité en cours de chargement...

Publicité en cours de chargement...

C’est la saison des prunes à la Cnil

12 juin 2018 - 12:17,
Tribune - Cédric Cartau
Relayée par différents médias en ligne, on apprend que la Cnil(1) vient d’infliger une amende de 250 000 euros – tout de même – à Optical Center pour manquement à la protection des données de ses clients. En substance, les comptes des clients étaient accessibles sans identifiant ni mot de passe sur le site Internet, avec leurs données administratives et commerciales, les ordonnances médicales des produits pour la correction visuelle, etc. Ce n’est pas la première fois que la Cnil prononce des sanctions de cette nature et de ce montant, mais ce cas particulier appelle plusieurs commentaires.  

Tout d’abord, les montants les plus élevés des amendes qu’avait prononcées la Cnil jusqu’à peu étaient de 150 000 euros. Or, ce plafond a été relevé en 2016, pour atteindre maintenant 3 millions d’euros, juste 20 fois plus. Dans son « malheur », Optical Center a eu tout de même de la chance : les faits incriminés datent de juillet 2017, et si les mêmes faits s’étaient produits après le 25 mai fatidique, le montant maximal aurait été porté à 2 % du CA de l’entreprise. En 2015, l’entreprise a réalisé un CA de 450 millions d’euros, et le montant maximal aurait donc été de 9 millions d’euros. En appliquant une bête règle de trois, cela aurait pu conduire la Cnil à prononcer une amende de 750 000 euros.

Ensuite, on ne peut que faire le lien avec l’affaire récente de Darty, qui pour exactement les mêmes dysfonctionnements, n’a été condamné qu’à 100 000 euros d’amende. Alors pourquoi cette différence ? Apparemment, pour deux raisons : la première est qu’Optical Center s’était déjà vu appliquer une amende pour des faits analogues quelques mois auparavant (50 000 euros) et que la Cnil a dû estimer que la récidive méritait rallonge, mais surtout parce qu’à la différence du site de Darty, qui ne contient que des informations administratives (nom, prénom, adresse des clients) et commerciales (produits, prix, etc.), celui d’Optical Center hébergeait en sus des données de nature médicale (correction) en plus des numéros Insee (qui sont souvent utilisés dans des usurpations d’identité).

Enfin, et c’est la partie du jugement qui a le plus d’impact sur un éventuel caractère « jurisprudentiel », même si l’entreprise, alertée par la Cnil de la faille de sécurité, a réagi très vite pour y remédier, la Cnil a considéré que ce genre de sécurité était tellement basique que la faille était inexcusable. Sur son site, la Cnil mentionne en effet avoir « estimé que la mise en place d’une telle fonctionnalité constitue une précaution d’usage essentielle ». Autrement dit, il existe des points de sécurité de la donnée personnelle qui ne relèvent pas de l’obligation de moyens, mais de l’obligation de résultat. Et là, cela change tout.

Nul doute que les fournisseurs d’équipements de protection des applications Web vont se frotter les mains, nul doute qu’il va falloir inclure dans les check-lists des prochains marchés un audit de ces composants préalable à la réception du marché, nul doute qu’il va falloir aussi penser à reporter sur les sous-traitants les conséquences financières de ce type de manquement aux règles élémentaires. Avec 250 000 euros, Optical Center aurait pu se payer un audit d’intrusion de son site Web en platine massif et un rapport tout en dorures.


(1) https://www.cnil.fr/fr/optical-center-sanction-de-250000eu-pour-une-atteinte-la-securite-des-donnees-des-clients-du-site 

Avez-vous apprécié ce contenu ?

A lire également.

Illustration L’IA, fossoyeur de l’IT ? Pas si simple, et certainement pas tout de suite

L’IA, fossoyeur de l’IT ? Pas si simple, et certainement pas tout de suite

07 avril 2026 - 07:40,

Tribune

-
Cédric Cartau

Dans la première moitié du XIXe siècle, les usines textiles, qui avaient déployé massivement des métiers à tisser mécaniques, utilisaient les ouvriers pour contrôler le tissu sortant de la chaîne de production : absence de fil cassé, etc. Un ouvrier pouvait piloter 2 machines en même temps, et à un ...

Illustration Du séjour au domicile : le SMS comme brique du système d’information hospitalier

Du séjour au domicile : le SMS comme brique du système d’information hospitalier

07 avril 2026 - 07:30,

Actualité

- Pierre Derrouch, DSIH

La réduction continue des durées de séjour hospitalier déplace une part du risque clinique vers le domicile. En chirurgie ambulatoire, les réhospitalisations entre un à trois jours après l’intervention figurent parmi les indicateurs de sécurité suivis par la Haute Autorité de Santé dans le cadre des...

Illustration Au GHT de Saône-et-Loire – Bresse-Morvan, un concentrateur de données comme socle des usages d’IA et de la coordination territoriale

Au GHT de Saône-et-Loire – Bresse-Morvan, un concentrateur de données comme socle des usages d’IA et de la coordination territoriale

17 mars 2026 - 08:32,

Actualité

- Par Pierre Derrouch, DSIH

Face aux limites d’une convergence applicative étendue à plus de 350 logiciels hétérogènes, le Groupement hospitalier de territoire de Saône-et-Loire – Bresse-Morvan a engagé, à partir de 2022, une inflexion stratégique centrée sur la donnée. Mis en production en 2023, un concentrateur de données de...

Illustration L’Occident se fracasse sur Seedance – la cyber face au paradigme de Robin des Bois

L’Occident se fracasse sur Seedance – la cyber face au paradigme de Robin des Bois

24 fév. 2026 - 08:18,

Tribune

-
Cédric Cartau

Impossible de le rater si on s’intéresse un minimum aux évolutions de l’IA : le logiciel Seedance(1), IA spécialisée dans la génération de vidéo d’un réalisme époustouflant, déclenche la colère des Majors américaines : Warner, Disney, Netflix, etc.

Lettre d'information.

Ne manquez rien de la e-santé et des systèmes d’informations hospitaliers !

Inscrivez-vous à notre lettre d’information hebdomadaire.