L’innovation numérique en santé passe avant tout par l’accompagnement au changement
DSIH : Vous avez participé, en tant qu’intervenant, à la journée organisée par Care Insight du 14 décembre 2017. Quel a été le fil conducteur de vos propos lors des Minutes de l’innovation ?
Harold Juillet : CERNER est au carrefour de la santé et des technologies de l’information. Le cœur de notre métier, c’est d’utiliser les technologies pour concevoir des systèmes d’information qui permettent de faire face aux enjeux du système de santé d’aujourd’hui et de demain. L’innovation est dans notre ADN, et notre réflexion touche aussi bien l’émergence de nouvelles organisations que de nouvelles technologies ou de nouveaux modèles économiques. J’ai ainsi mis l’accent sur les caractéristiques d’ouverture et d’interopérabilité propices notamment aux mutualisations, un terme très en vogue aujourd’hui dans un contexte d’organisations multi-établissements telles que les GHT. J’ai également ouvert mon propos sur l’exploitation des données structurées que nous sommes capables aujourd’hui de recueillir et d’analyser pour créer des outils d’aide à la décision clinique.
DSIH : Quelle est l’approche de Cerner quant à la mise en œuvre de ces outils ou à l’utilisation de l’intelligence artificielle ?
HJ : Notre méthodologie est simple, en fait. À partir de notre base de données structurées, nous utilisons des solutions expertes qui exploitent des algorithmes permettant de cibler les informations qui pourront être utiles à la compréhension de telle ou telle pathologie. L’enjeu est, aujourd’hui, de pouvoir rassembler un maximum de données afin d’affiner les résultats. Nous avons créé, par exemple, un outil d’aide à la décision sur la problématique du choc septique qui permet de sauver des vies. Nous avons conçu, en coopération avec les professionnels de terrain, un algorithme de prévention qui leur permet de lutter contre le risque de choc septique. Nous avons également élaboré d’autres outils d’aide à la décision clinique relatifs, par exemple, aux escarres et à la prévention des chutes ou de la douleur.
DSIH : Comment, dès lors, faire valoir ces bases de données ?
HJ : Comme je vous le disais, l’aspect technologique est assez simple. Ce dont nous avons besoin actuellement, c’est de rassembler les informations issues d’un grand nombre de patients. Car, outre les aspects purement cliniques et biologiques, les caractéristiques environnementales, liées à leur hygiène de vie ou à leur alimentation, sont primordiales pour la prévention de pathologies comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires. Ces données existent, et nous réussissons à les intégrer dans notre plateforme, à les indexer, à les normaliser et à les rassembler dans un dossier longitudinal, à l’aide d’une plateforme d’intelligence de données nommée « HealthE Intent », et à y apporter les algorithmes nécessaires au suivi des patients par les professionnels de santé responsables de leur prise en charge.
DSIH : L’innovation, si j’entends bien votre propos, n’est plus technologique, mais plutôt dans la mutualisation des informations…
HJ : Les technologies existent aujourd’hui, mais leur adoption est lente : ce n’est donc pas une question technique, mais d’accompagnement au changement. L’important aujourd’hui est bel et bien de faire prendre conscience aux acteurs du système de santé qu’ils doivent décloisonner leurs silos de données. On peut d’ailleurs mettre en parallèle cette situation avec l’époque des années 1990 et le début des dossiers patients informatisés, où la production de bases de données, au sein des premiers dossiers patients, était stockée dans chaque service sans une réelle volonté, ou sans voir l’utilité, de les partager. Ce qui s’est passé hier à l’hôpital pour le dossier patient informatisé, c’est ce qui se passe aujourd’hui dans le territoire pour les plateformes de données de santé : seulement, on ne peut pas attendre 20 ans ! Quand bien même aujourd’hui, sous l’effet du programme Territoire de soins numérique (TSN), on commence à partager les informations de manière transversale, le mouvement général est bien trop lent (plus de deux ans déjà) et trop restreint (bassin de 100 000 habitants) par rapport à l’enjeu dont il est question. Il est fondamental de pouvoir accélérer ces dynamiques, de les généraliser dans les régions et d’articuler les différents niveaux, territorial/régional/national, afin que nous progressions de manière significative. Il faudra pour ce faire que des moyens importants soient mis en place, ce qui préfigure une gestion populationnelle de la santé en France.
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