Porosité des SI de santé : le bilan sur cinq ans de Jean-Nicolas Piotrowski
DSIH : Vous êtes depuis cinq ans au cœur des SI de santé. Comment avez-vous vu évoluer la sécurité ?
Jean-Nicolas Piotrowski : On partait pratiquement de zéro… Même si des débuts d’analyses de risques pouvaient voir le jour, il n’existait pas de protections, de systèmes de supervision ni d’analyses fines. Aujourd’hui, la prise de conscience est là, mais beaucoup d’établissements n’ont toujours pas de réel système de protection.
Par manque de moyens ou de ressources ?
La question n’est pas vraiment là. Les établissements de santé ont des moyens. Selon moi, une mauvaise répartition des budgets est davantage en cause. Beaucoup travaillent sur un schéma directeur complexe ou des projets à long terme, alors qu’en un mois, en se mettant au travail, on serait en capacité de produire des résultats concrets. Le système de santé prend parfois le problème de manière trop globale au lieu de trouver des solutions simples et rapidement implémentables. Il existe de nombreux documents de référence, des analyses souvent onéreuses et chronophages ainsi que des politiques de sécurité, mais sans s’attaquer réellement à la sécurité des SI, on en oublie de muscler concrètement le système via des protections élémentaires !
Les établissements de santé se sentaient peut-être à l’abri des attaques. Prennent-ils conscience un peu tard du problème ?
Oui, et les exemples internationaux tendent à montrer que les structures de santé sont une cible privilégiée. La réglementation sur la protection des données de santé devient parallèlement de plus en plus exigeante, mais, malheureusement, les fondamentaux ne sont souvent pas mis en place.
En ce début d’année, les cryptolockers, et notamment Locky, ont fait des dégâts. Comment s’en prémunir ?
Un cryptolocker ne s’infiltre pas par hasard, mais via un SI mal configuré ou un utilisateur qui clique sur une pièce jointe corrompue. Une bonne hygiène de sécurité permettrait d’éviter 99 % de ce type de problèmes. Lors de nos audits, nous avons pu recenser et catégoriser les dix failles principales récurrentes*. Leur correction constitue une première barrière de protection souvent simple et très efficace.
On parle de 1 300 Incidents de sécurité en 2015. De plus en plus d’établissements sont victimes de cyberchantage et d’attaques. Peut-on s’attendre à les voir croître de façon exponentielle ?
Oui ! Le cours du dossier patient augmente sur le Darknet. La donnée médicale représente en effet la valeur financière la plus prisée. Un dossier patient vaut environ 15 dollars. Comparativement, un numéro de carte bleue se revend entre 1 et 3 dollars. Et comme les entrées ne sont pas ou peu sécurisées, on comprend aisément que les établissements de santé devront de plus en plus faire face à des attaques construites. Les équipements connectés, très peu protégés, sont en croissante augmentation et risquent d’amplifier considérablement le problème.
L’horizon est plutôt noir. Dans notre prochain article Web, Jean-Nicolas Piotrowski reviendra sur les solutions éprouvées en matière de sécurité des SI.
*Pour lire ou relire le livre blanc ITrust : http://www.itrust.fr/ressources/whitepaper/livre_blanc.pdf
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