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La formation médicale à l’heure des changements technologiques et numériques

L’Université est confrontée aux grandes évolutions liées au numérique en santé, levier de la transformation de notre système de santé. Il lui faut ainsi commencer par repenser l’élaboration et la transmission des connaissances, rôle central de l’université.
On ne nous a pas attendus
En introduction, le Pr Sibilia a rappelé que les étudiants d’aujourd’hui, des générations X, Y ou Z, n’ont pas attendu pour faire du digital ; la société non plus. Le numérique et l’intelligence artificielle ont envahi l’univers social avant même qu’on ne le verbalise. « Il en résulte un double problème. L’absence de maîtrise invite à assumer de transférer quelque chose de l’ordre de l’intelligence, de la connaissance, voire de la compétence. » Le médecin n’est plus le tout-puissant doté de la connaissance, de la compétence et du pouvoir. « Cette époque est mathématiquement et numériquement révolue. »
La deuxième problématique est de parvenir à combiner l’intelligence naturelle et artificielle, qui, pour l’instant reste maîtrisée. Enfin, les grandes sociétés n’ont pas plus attendu. 40 % de l’investissement de Google est destiné au secteur de la santé, « et les échecs ne les arrêtent pas ».Il faut sortir des modèles actuels avec la conscience de la présence d’acteurs dont les moyens et les intentions divergent totalement. « En d’autres termes, en tant qu’universitaire et formateur, j’en conclus que cette évolution pourrait se traduire par l’uberisation du soin, de la formation et de la recherche. »
L’autre conséquence est la tentation technophile où chacun aura la maîtrise de soi, des données, de la santé en bénéficiant d’une offre de soins basée sur l’analyse et l’interprétation du génome. Les opérateurs, type Gafam, agiront directement sur les citoyens, sans passer par le monde académique pour la prévention ou la thérapeutique.
Construire une formation flexible et adaptée
De cette réflexion émanent cinq points d’accroche pour le développement d’une formation initiale et continue, flexible et intelligente pour demain. Tout d’abord, les outils digitaux et numériques permettent de stocker la connaissance et de la proposer en masse aux étudiants de santé. La première étape est donc de faciliter l’accès à ces outils. La deuxième étape est de les utiliser au sens large, dans une dynamique pluriprofessionnelle, et non plus en silos. Les outils partagés permettent de normaliser la formation, basée sur des référentiels communs.
Le troisième point est l’adaptation à la pratique quotidienne qui induit un changement de sémantique quand 90 % des problématiques de soins quotidiennes – conseils, expertises, renouvellements d’ordonnance – pourraient passer par une plate-forme numérique, sans contact physique entre le médecin et son patient. « Le service rendu ne sera bien évidemment pas le même, mais de manière très pragmatique, cette évolution des pratiques est techniquement possible. »Les champs de la télé-expertise et de la télémédecine doivent être enseignés pour que les plus jeunes s’approprient d’emblée ces outils, « ne serait-ce que dans les maisons de santé et les cabinets de groupe ».
Mais la présence d’un humain reste indispensable, notamment d’une infirmière à côté de la cabine de téléconsultation. Des questions de valorisation, toujours en suspens, en découlent, mais aussi de responsabilité. Il ne s’agit pas ici d’apprendre à utiliser les outils, mais surtout d’enseigner la bonne sémiologie et les impacts éthiques, organisationnels ou en termes de risque qui en résultent.
Développer de nouveaux métiers
Le quatrième volet est de former à l’évolution de la pratique accompagnée par ces outils d’aide à la décision. Le radiologue est l’un des premiers métiers à être totalement transformé. « Nous en sommes encore à un faible niveau d’impact de l’intelligence artificielle dans l’aide à la décision, mais ses conséquences sont déjà marquantes. »Les métiers vont évoluer vers des mixtes, formés à la santé et au numérique. Il existe déjà des expériences, mais « il devient nécessaire de passer à une échelle plus industrielle, de bien calibrer, en fonction aussi de l’employabilité ».
Le cinquième point est à la frontière entre formation et recherche. Cette dernière est une source de connaissances, d’innovation, d’emploi. « Dans le domaine du digital et du numérique, le champ de la recherche spécifique est vaste, de l’intelligence artificielle et de l’aide à la décision jusqu’à la robotisation de certains actes, voire à une prise de décision confiée dans un système automatisé de veille sanitaire à des systèmes intelligents. »La formation à la recherche dans ce domaine est donc un levier pour que les outils soient in fine utiles et efficients. L’organisation et la mise en œuvre de cette nouvelle forme de recherche, mais également les moyens à leur attribuer doivent ainsi être définis.
« Il faudrait développer des expériences publiques pour ne pas laisser ce champ d’action aux Gafa. » Des modules de formation à la médecine numérique digitale avec un socle de connaissances existent. Si des doubles cursus ont commencé à être construits, l’ambition est de changer de paradigme pour atteindre un niveau d’efficacité suffisant pour que le système de soins en bénéficie et améliore le bien-être des patients.
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